[Tribune] L’enseignement des langues étrangères : un défi à relever, une démarche à adopter

L’enseignement des langues étrangères  souffre de plusieurs problèmes, et ce aussi bien au niveau pédagogique qu’au niveau didactique. Le niveau des étudiants en Langues étrangères et notamment en Français a marqué un recul, sans précédent pour toucher de plein fouet la qualité de toutes les formations universitaires qu’il s’agisse des filières scientifiques, sociales ou humaines. Les étudiants débarquent à l’université avec des défaillances langagières, frôlant le scandale voire la fatalité. Un réel handicap pour ces produits langagiers toxiques du système mis au point et mal en point. Un réel handicap pour des étudiants qui auront de cette manière des difficultés à comprendre, et à assimiler leurs cours, et par voie de conséquence des lacunes de production et d’interaction ou de reproduction.

La Langue dans laquelle vous vous exprimez, vous communiquez, vous rédigez vos productions et vous vous reproduisez à l’oral est une locomotive, qui est censée traîner toutes les autres compétences et acquis techniques et scientifiques. Malheureusement nous nous retrouvons souvent avec des lauréats, qui faute de maîtrise des outils linguistiques, se voient incapables de traduire correctement leurs pensées et de véhiculer l’image de l’excellence normalement convoitée. Grand temps, que l’université tunisienne agisse en conséquence. Grand temps que l’enseignement des langues à l’université soit repensé en rapport avec les besoins des étudiants en connaissances et les habiletés et compétences qu’ils doivent acquérir

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Les enseignements étant pour la plupart prodigués en Français, la mise en place d’un nouveau dispositif, impliquant de nouveaux plans d’ingénierie pédagogique, dans le cadre de nouveaux modules d’enseignement des langues est une mesure d’urgence, et ce dans le cadre des filières de tous bords.

Enseigner la langue uniquement (à partir du lexique, de la syntaxe, de la grammaire et de la phonétique…) est insuffisant pour atteindre les objectifs fixés. Certes chaque discipline a ses particularités linguistiques, techniques et surtout lexicales, et des exigences spécifiques en matière de compétences langagières, c’est pour cette raison, que parmi les dispositifs qui doivent être mis en place, doivent figurer, un lexique, mis au point communément entre les enseignants de la spécialité et ceux des langues. La première chose à garantir en effet.    La première question pour l’enseignant est de savoir si les étudiants parviennent à comprendre le contenu des cours magistraux.

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L’intégration à l’université est une entreprise complexe, qui nécessite des compétences linguistiques en rapport avec des situations de communication spécifiques à la vie universitaire. Les cours de langues doivent être élaborés de manière à permettre aux étudiants l’acquisition des compétences linguistiques et des savoir-faire nécessaires leur facilitant la compréhension des cours magistraux, des discours spécialisés, maîtriser le technolecte, et s’approprier les outils linguistiques pour pouvoir faire usage de ces compétences aussi bien à l’écrit qu’à l’oral.

Les cours de langues étrangères qu’il s’agisse d’une langue seconde pour les étudiants à l’université doivent prendre en considération les différentes composantes des compétences universitaires à savoir la composante langagière, la composante méthodologique, et disciplinaire. Pour cette raison l’élaboration des cours doit prendre en considération aussi bien les savoirs linguistiques permettant aux étudiants de comprendre les cours, de reproduire aussi bien à l’oral qu’à l’écrit des discours spécialisés, que les aptitudes pragmatiques, que les contenus spécialisés, tels les termes spécialisés et le technolecte.

A l’université, la langue étrangère s’apprend et s’enseigne pour pouvoir comprendre un savoir quelconque ou communiquer dans un contexte et un domaine spécifique. Le plus grand handicap réside, je pense, dans les méthodes, techniques didactiques, non suffisamment élaborées et mal adaptées.

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L’enseignement des langues en tant qu’outil de communication dans une visée académique, doit permettre de développer aussi bien les compétences générales individuelles que les compétences communicatives langagières

La compétence langagière pour les étudiants des filières telles que les sciences économiques et de gestion n’est pas simplement un avantage, mais c’est une condition pour la compréhension et l’assimilation des cours, pour la reproduction des compétences acquises, et pour l’optimisation de leur mise en application.

Importance des compétences de communication langagières

Les compétences communicatives langagières constituent l’ensemble des connaissances, des habiletés et des dispositions qui permettent d’agir en faisant appel aux savoirs, savoir-faire, savoir-être et aux savoirs apprendre. On y distingue la compétence linguistique, rattachée exclusivement à la langue (compétences lexicales, grammaticales, sémantiques, phonologiques et orthographiques des mots, des expressions et leurs sens, des phrases correctes), la composante pragmatique englobe aussi la capacité à pouvoir gérer les actes de parole et à les agencer, et enfin la compétence sociolinguistique est une connaissance des registres de langue

Quelles méthodes et approches donc adopter ?

La didactique des langues est l’ensemble des méthodes, approches, et principes pédagogiques, qui permettent aux enseignants d’optimiser les processus d’enseignement des langues étrangères à travers les outils d’apprentissages ; notamment les manuels, les logiciels.

Les méthodes d’enseignement sont aussi diverses qu’utiles même à l’université. À la méthode directe, où l’étudiant se trouve directement confronté à une seconde langue, doivent s’ajouter la méthode grammaire et traduction, car l’apprentissage des règles de grammaire facilite l’assimilation du vocabulaire et développe les compétences langagières. La méthode audio visuelle, qui s’est largement développée grâce aux technologies assistées par ordinateur doit faire partie intégrante de l’apprentissage, car permet de mémoriser le vocabulaire. Pour ce faire, un document de base dialogué doit être élaboré englobant tout le vocabulaire et les structures syntaxiques nécessaires. Par ailleurs, pour inciter les étudiants et leur apprendre à prendre la parole, il est recommandé de recourir à la méthode audio-orale.

Les approches désignées également par procédés pédagogiques sont également diverses qu’utiles et doivent être utilisées en rapport avec les modes d’appropriation et d’usage relatifs à la langue étrangère. 

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En plus de l’approche communicative, qui se concentre sur les compréhensions écrite et orale, on trouve l’approche par compétences, orientée vers les quatre compétences que les étudiants devront acquérir à travers les activités pédagogiques, l’approche discursive et l’approche par simulation. L’approche discursive consiste à apprendre à comprendre et à produire le même genre de textes et discours permettant la communication dans un contexte précis liés au domaine d’activité, la mise en évidence de la structuration des énoncés, des activités de lexique, de syntaxe afin que les apprenants acquièrent une véritable compétence à communiquer langagièrement.

L’Approche par simulation consiste à reproduire des situations dans lesquelles se trouvera l’étudiant dans la vie professionnelle.

Quelles solutions : Comment procéder ?

Quelle que soit la discipline, les enseignants ne peuvent se départir de l’obligation qu’ils ont à suivre un procédé bien particulier pour concevoir leurs cours, leurs approches et techniques qu’ils vont utiliser. Des étapes aussi nécessaires que vitales doivent en effet être suivies :

  • L’analyse des besoins consiste à recenser les différentes situations de communication dans lesquelles se trouvera ultérieurement l’apprenant et surtout à prendre connaissance des discours qui sont à l’œuvre dans ces situations, des structures et des tournures syntaxiques récurrents ainsi que du lexique fréquemment employé, dans le but d’extraire un corpus et de le modeler pour en faire un cours spécifique adapté aux besoins et aux attentes des étudiants.  
  • Identifier les outils linguistiques ou communicationnels dont les étudiants auront besoin.
  • Repenser les cours de langue spécialisée en prenant en considération le contexte dans lequel les étudiants évoluent,
  • La collecte des données consiste à répertorier les multiples situations de communication. Lorsqu’on parle de « données », on évoque le corpus les enregistrements audio et vidéo, les transcriptions et les notes des interactions et des discours authentiques collectés dans des milieux réels dans lesquels devront évoluer les apprenants. Connaître les différentes situations de communications auxquelles seront confrontés ces apprenants, les types de documents qu’ils auront à étudier et les caractéristiques du technolecte qu’ils devront étudier sont essentiels à ce niveau.
  • Assister à des réunions, à des cours et à des conférences afin d’apprendre des termes nouveaux et connaître les dénominations des concepts, et à défaut consulter les différentes ressources pédagogiques disponibles sur Internet.
  • L’élaboration didactique consiste à choisir les thèmes et les supports qui serviront à la mise en place d’activités langagières et communicationnelles ; comme les textes, les enregistrements sonores et les vidéos. Il s’agit non seulement de faire des choix pédagogiques, mais surtout de suivre des démarches de cours spécifiques en fonction des besoins et de la nature du contenu à enseigner.
  • Mettre à la disposition des étudiants, dans le cadre de l’ingénierie pédagogique des cours et des outils linguistiques nécessaires pour qu’ils puissent comprendre leurs cours magistraux, ainsi que la langue spécialisée qui y est employée.

Une interrogation principale découle de ces recommandations notamment les deux dernières : la manière d’opérer pour choisir et élaborer des supports pédagogiques.

Il faut tout d’abord répondre à une condition sine qua non lors de cette phase de construction à savoir la mise en valeur du technolecte dans toute sorte de supports pédagogiques autrement dit des usages des aspects langagiers et compétences linguistiques, structures ou tournures syntaxiques, savoir parler et écrire, servant à communiquer dans une discipline, et un domaine spécifique.

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Il existe en fait deux types de supports pédagogiques (comme des pistes audio, des vidéos ou des documents écrits par exemple) : les documents authentiques et les documents préfabriqués.

Pour l’élaboration de supports de cours, l’enseignant aura à faire un choix didactique : si le niveau des étudiants leur permet de comprendre un discours complexe rattaché à la discipline en question, l’enseignant pourra utiliser les documents authentiques. Dans le cas contraire ; l’enseignant doit modifier les documents authentiques en fonction du niveau des étudiants et utiliser les documents didactisés (les documents fabriqués) traités, modifiés, pour devenir plus accessibles et compréhensibles. Les supports pédagogiques didactisés seront un résumé, une reformulation des documents authentiques avec à l’appui des scénarios pédagogiques.  

Pour terminer, je dirais que les difficultés en matière de savoir-parler, écrire, et communiquer ne représentent guère une fatalité. Il suffit de les prendre en charge, pour y remédier, de procéder de manière optimale, car les compétences linguistiques représentent une condition sine qua non d’une meilleure qualité de l’enseignement.

Habiba Nasraoui Ben Mrad, enseignante universitaire Ecole Supérieure de Commerce

Phileingora

Fousseni Togola est né à Fana, dans la région de Koulikoro. Il a obtenu son baccalauréat au lycée Cabral de Ségou, au Mali. Aujourd’hui, M. Togola est détenteur d’un Master en philosophie, obtenu à l’École normale supérieure (ENSUP) de Bamako. Présentement, il est professeur de philosophie, journaliste-blogueur, écrivain et Mondoblogueur. Il est auteur de « La société close et ses militants » et de la « Féminitude » et de « Le Mali sous IBK : sept ans d’obscurantisme » qu’il a publié sous le pseudonyme Chiencoro. M. Togola est membre de la Communauté des blogueurs du Mali (DONIBLOG) et contributeur à Benbere, plateforme des blogueurs maliens. Fousseni Togola est fondateur et directeur de publication du site web d’informations générales, d’analyses et d’enquêtes phileingora.org. Il occupe le poste de rédacteur en chef adjoint au journal malien Le Pays. En 2020, il a été nominé au prix Mali Média Award (MAMA).

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