Transition politique : les Maliens doivent tirer les marrons du feu !

« La naissance d’un Mali nouveau » ; un pays sans corruption, sans favoritisme, plus sécurisé, plus démocratique, etc., tels étaient des vœux pieux exprimés par de nombreux citoyens maliens, sous le régime Ibrahim Boubacar Kéïta, l’ex-président de la République malienne. Ce qui explique d’ailleurs le déferlement des marées humaines dans les rues de la capitale, Bamako, ainsi que de certaines régions, depuis le 5 juin 2020 pour demander le départ du régime en place. La chute d’IBK, le 18 août 2020, a ainsi ouvert la voie à la réalisation de ces vœux du peuple. Mais faut-il rappeler que le Mali nouveau ne sera point un cadeau de mariage ou de baptêmes que les Maliens devront s’attendre à recevoir. Autrement dit, il ne sera pas un cadeau du ciel. Il naîtra des sacrifices des uns et des autres.

Le Mali des rêves risque de n’être qu’une utopie si les Maliens échouent dans leur métamorphose. La transition politique en cours, depuis le 25 septembre 2020, pourrait n’être qu’une transition de plus. Car les réformes de textes ne serviraient pas à grande chose si l’on ne refonde pas l’homme malien. Ce dont le Mali a fortement besoin, c’est de nouveaux types d’hommes. Des hommes ayant l’amour de la patrie dans le cœur et non pas dans la bouche. Des hommes pétris d’une véritable culture démocratique, républicaine et citoyenne.

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Cette transition politique doit être alors une occasion particulière de travailler à la refondation du Malien, à penser au type d’hommes qu’il conviendrait de mettre à la disposition de la mère patrie. Sans cela, même avec les meilleurs textes du monde, on aura assisté au même cycle infernal de violences et de réformes. Qu’on se rappelle, de l’indépendance à nos jours, le Mali est à son quatrième coup d’État militaire. Doit-on admettre que durant toutes ces années, ce pays n’a pas eu de bons textes ? Difficile d’y répondre dans l’affirmative si nous savons que le slogan des révolutionnaires de 1991 était la volonté de renouveau. 

Avec cette transition, les Maliens doivent tirer les marrons du feu. Au lieu des textes, cette transition doit travailler à cultiver le patriotisme dans le cœur des hommes. Pour y réussir, il conviendrait de s’appesantir sur l’éducation ou, doit-on dire, de l’instruction. La plupart des problèmes de ce pays sont liés à une crise de bonne citoyenneté. Si nous avons de bons citoyens, des hommes ayant l’amour du pays dans le cœur, même avec les plus mauvais textes du monde, le Mali pourrait rayonner.

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Les Maliens doivent savoir tirer profit de cette transition politique. Car la refondation du modèle d’homme ne sera valable que lorsque chacun fera violence sur soi en participant activement à l’éducation de ses enfants, en contrôlant davantage leur rapport au numérique, notamment aux masses médias. Cette violence sur soi consiste également en la rationalisation des sentiments. Cette transition doit permettre aux Maliens de tirer les marrons du feu.

Fousseni Togola

Phileingora

Fousseni Togola est professeur de philosophie, journaliste-blogueur, écrivain et Mondoblogueur. Il est auteur de « La société close et ses militants », de la « Féminitude » et de « Le Mali sous IBK : sept ans d’obscurantisme » qu’il a publié sous le pseudonyme Chiencoro. M. Togola est membre de la Communauté des blogueurs du Mali (DONIBLOG) et contributeur à Benbere, plateforme des blogueurs maliens. Fousseni Togola est fondateur et directeur de publication du site web d’informations générales, d’analyses et d’enquêtes phileingora.org. En 2020, il a été nominé au prix Mali Média Award (MAMA). La même année, il est lauréat du "Prix de Reconnaissance des Médias « Restez à la Maison », dans la catégorie presse en ligne au Mali, de la fondation Merck.

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