Pour vaincre le fléau climatique, la covid-19 offre des pistes

Les réponses rapides de nos États à la Covid-19 amènent à douter de la bonne volonté des décideurs politiques dans la lutte contre le changement climatique. Le multilatéralisme développé autour de cette pandémie pouvait aider à trouver des réponses adaptées au fléau climatique. 

L’apparition de certains phénomènes permet de lever les points d’ombres qui obstruent la voie de compréhension d’autres fléaux séculiers. La propagation de la pandémie du coronavirus et la gestion qui en est faite par nos États permettent de voir la mauvaise volonté politique qui concourt à la lutte contre le changement climatique.

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En seulement six mois après son apparition, le coronavirus a su mobiliser tous les États, à l’unanimité. Le multilatéralisme tant prôné par le président de la République française, Emmanuel Macron, a trouvé l’occasion de se concrétiser. Tous les États, riches comme pauvres, ont adopté les mêmes systèmes de confinements total ou partiel, mis en place des mesures barrières, etc. afin de vaincre rapidement ce mal qui n’épargne aucune contrée.

Le passif contre l’actif

Partant de cette expérience de la Covid-19, ne pourrions-nous pas nous interroger sur la volonté de nos États dans la lutte contre le changement climatique ? Pourquoi tant de dévouement pour la lutte contre cette pandémie de coronavirus et non contre le changement climatique ? La réponse banale qu’on pourrait donner à cette dernière question est que le coronavirus agit dans l’immédiat, ses effets sont palpables ici et maintenant. Quant aux effets du changement climatique, ils sont dans la durée. Outre cela, ils sont le plus souvent pris pour l’effet d’autres phénomènes.

C’est ce qui ressort dans ce document, « Changement climatique et développement en Afrique post COVID-19 : Quelques réflexions critiques », du Centre africain pour la politique climatique de la Commission économique pour l’Afrique (CEA). Ce Centre explique que la prise de conscience rapide de la covid-19 comme préoccupation mondiale s’explique par le fait que la covid-19 est « clairement compris, au-delà des effets sur la santé, en tant que menace immédiate et présente pour le développement mondial, tandis que le changement climatique continue d’être considéré comme une menace à long terme et incertaine pour certaines communautés éloignées du monde ». C’est donc le mal passif contre celui actif. Nos États ne verraient pas le changement climatique comme une urgence, un phénomène ayant des impacts réels sur l’humanité au même titre que la covid-19.

Santé de la planète-santé de l’homme

L’apparition de ces pandémies n’est pas totalement indépendante de ce phénomène de réchauffement climatique. Dans sa réponse à la covid-19, la directrice exécutive du programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), Inger Andersen, ne disait-elle pas que « la pandémie de COVID-19 représente l’avertissement le plus sérieux lancé par la planète enjoignant l’humanité à changer de cap. » ? Elle attirait ainsi l’attention sur le lien inextricable existant entre la santé de la planète et celle de l’homme.

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Toutefois, selon la CEA, « Nous avons appris de la pandémie de covid-19 qu’une riposte rapide est essentielle ». Cette commission fait comprendre que cette riposte rapide à la covid-19 est ce « fait la différence entre maîtriser une crise et lui permettre de déborder ».

Manque de volonté politique ?

Aujourd’hui, vu tous les moyens mobilisés pour la lutte contre la covid-19, il est difficile de croire que le retard accusé dans la lutte contre le changement climatique, en termes surtout d’adaptation et d’atténuation, soit un problème de fonds. Ce serait plutôt un choix politique, une mauvaise volonté politique. C’est ce qui a amené la CEA à indiquer dans son document de réflexion que « les fonds nécessaires pour souscrire aux actions climatiques existent réellement, et la même approche utilisée pour mobiliser les fonds relatifs au covid-19 devra garantir des investissements encore plus importants dans une économie neutre en carbone ».

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Ce qui est sûr, tant que nous ne prendrons pas le changement climatique comme une urgence humanitaire, il serait difficile d’arriver à bout de ces pandémies voire des catastrophes naturelles dévastatrices.

F. Togola

Phileingora

Fousseni Togola est né à Fana, dans la région de Koulikoro. Il a obtenu son baccalauréat au lycée Cabral de Ségou, au Mali. Aujourd’hui, M. Togola est détenteur d’un Master en philosophie, obtenu à l’École normale supérieure (ENSUP) de Bamako. Présentement, il est professeur de philosophie, journaliste-blogueur, écrivain et Mondoblogueur. Il est auteur de « La société close et ses militants » et de la « Féminitude » et de « Le Mali sous IBK : sept ans d’obscurantisme » qu’il a publié sous le pseudonyme Chiencoro. M. Togola est membre de la Communauté des blogueurs du Mali (DONIBLOG) et contributeur à Benbere, plateforme des blogueurs maliens. Fousseni Togola est fondateur et directeur de publication du site web d’informations générales, d’analyses et d’enquêtes phileingora.org. Il occupe le poste de rédacteur en chef adjoint au journal malien Le Pays. En 2020, il a été nominé au prix Mali Média Award (MAMA).

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