Mali : pour une meilleure collaboration entre la politique et la religion

Je suis parfaitement d’accord avec le départ de son excellence Ibrahim Boubacar Keïta. Le hic est que ma conscience ne me permet pas de suivre aveuglement ces leaders religieux Cube Maggi ou Jumbo frelaté.

Dans son magistral livre, « L’heure de philosopher la nuit et le jour », le philosophe sénégalais Djibril Samb écrit :

L’expérience montre assez que lorsqu’une religion se donne pour objet premier la mise en ordre de la scène politique et que, à cet effet, elle recherche la mainmise sur l’ordre social, culturel et moral, elle tend à se transformer en vecteur d’ensauvagement et de totalitarisme. Une société politiquement régie par une religion est une société d’interdits et de punitions où la liberté, sous aucune de ses formes, n’a de place. P.89.

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De nos jours, avec l’esprit superstitieux au Mali, le sacré est politisé et la politique est sacralisée. Du spectaculaire qui ressemble à une tragi-comédie digne de Molière ou de Beckett.

Les leaders religieux se prennent pour des envoyés spéciaux de l’Absolu. Les grands boubous en faisant foi. De charlatans habillés en prince d’Arabie.

Cette intrusion de la religion en politique aboutit à la manipulation politicienne des fidèles, à l’irruption du fondamentalisme dans l’espace politique, à l’intégrisme religieux avec comme résultats : la théocratie iranienne et ses Ayatollahs, les Tribunaux islamiques en Somalie, les talibans en Afghanistan, Al Qaïda, Georges Bush et sa croisade contre l’axe du Mal, Aqmi, Boko Haram, le Mujao et la fameuse guerre dans notre Maliba.

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Si jamais un jour les leaders religieux parviennent à envahir l’espace politique au Mali, ce sont sans doute la démocratie, la liberté et la laïcité qui seront menacées.

Si ce n’est déjà pas le cas qui nous ramènera à la prédiction prémonitoire de Chaka Zoulou, « il est trop tard, l’homme blanc est en marche ».

Pour être un peu poli, la religion doit seulement s’occuper du salut de l’individu. D’ailleurs, cela relève même de la vie privée, du choix personnel et de la liberté de conscience.

Aujourd’hui au Mali, nous assistons à la même réalité. Quelques leaders religieux musulmans orgueilleux et affamés du pouvoir politique, depuis la nuit des temps, cherchent par tous les moyens à s’emparer de la chose publique. Des leaders religieux aigris qui n’auraient qu’un seul objectif : faire du Mali un État islamique. Des leaders religieux méta-sophistes, car ils enseignent plus de 40 ans l’art de persuader le peuple dormant.

Ils savent parfaitement comment lancer une intervention au bon moment, comment captiver l’attention du peuple et comment finir en beauté un discours.

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Des leaders religieux Cube maggi ou Jumbo frelaté qui sont dans toutes les sauces. Ils peuvent te détester aujourd’hui et être ton rhapsode demain. Des leaders religieux qui savent facilement voler la conscience de la foule aveugle.

L’hypocrisie dans le milieu a atteint un sommet insoupçonné. La foule restera toujours aveugle dans la mesure où elle n’est pas capable de comprendre l’intention première de son messager.

Il y’a des bons messagers et des mauvais messagers. Cette foule est ce que Nietzsche appellera plus tard  « Les troupeaux ».

Des troupeaux sans boussole. Des troupeaux qui ne cherchent pas à connaître le sens d’une révolte. Bref, des troupeaux égarés.

Nous sommes tous conscients que le pays est dans une profonde agonie. Ainsi, ils ont choisi le meilleur moment pour lancer leurs missiles divisionnistes.

Si tu fais de ton meilleur bouclier un leader religieux, tu diras un jour «  Si jamais je savais… »

Faisons une petite pérégrination intellectuelle chez un philosophe Ivoirien du nom de Dr Yodé Simplice Dion. Dans son livre « Spinoza contre la superstition et les charlatans de la foi », le grand maître écrit :

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 A notre époque, force est de reconnaître que, malheureusement, les religions sont en panne. Ce faisant, elles semblent même constituer le principal facteur de destruction du monde. Aujourd’hui, c’est Dieu qui divise le monde, les nations, les civilisations, les familles, et les fous de Dieu (extrémistes, fondamentalistes, intégristes) réapparaissent ici et là aux quatre coins de la terre pour imposer la loi du glaive, la foi au bout de l’épée, la religion de la bombe. P.19.

La mission des leaders religieux se limite seulement à l’obéissance et à la piété. Mais, lorsqu’ils s’intéressent à l’organisation de la société via le flux de la politique alimentaire et divisionniste, force est de reconnaître que ce pays sera toujours dans un perpétuel chaos.

En revanche, lorsque la religion recherche l’osmose avec la transcendance, c’est-à-dire avec l’idée qu’elle a de Dieu, elle tend à devenir un vecteur de pacification et, plus encore, un puissant vecteur de civilisation.

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C’est tout ce que nous attendons de vous. Votre mission est de prêcher les paroles qui adoucissent les âmes sensibles pour que la paix revienne dans les quatre coins du Mali.

Vive la paix au Mali !

Qu’AMMA sauve notre pays, le seul héritage que nos Ancêtres méritants nous ont légué.

Tidiani Bakary Guindo, professeur de philosophie au Mali

Phileingora

Fousseni Togola est professeur de philosophie, journaliste-blogueur, écrivain et Mondoblogueur. Il est auteur de « La société close et ses militants », de la « Féminitude » et de « Le Mali sous IBK : sept ans d’obscurantisme » qu’il a publié sous le pseudonyme Chiencoro. M. Togola est membre de la Communauté des blogueurs du Mali (DONIBLOG) et contributeur à Benbere, plateforme des blogueurs maliens. Fousseni Togola est fondateur et directeur de publication du site web d’informations générales, d’analyses et d’enquêtes phileingora.org. En 2020, il a été nominé au prix Mali Média Award (MAMA). La même année, il est lauréat du "Prix de Reconnaissance des Médias « Restez à la Maison », dans la catégorie presse en ligne au Mali, de la fondation Merck.

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