Mali : Non, les lois ne sont pas faites pour embellir la constitution

Par Judé Sogoba

Estimant que le principal problème du Mali est la violation des lois établies, Judé Sogoba, professeur de philosophie, rappelle que les lois ne sont pas faites pour embellir la constitution.

Pour le bon fonctionnement d’une République, il faut des lois. Ces lois ne tombent pas du ciel. Elles sont établies par les parlementaires de ladite République pour l’harmonie sociale. Elles doivent être connues et respectées par tous. Car nul n’est censé ignorer la loi, comme on aime le répéter à tort ou à raison. Mais quand en est-il au Mali ? Sont-elles respectées ou piétinées ? En tout cas, les lois ne sont pas faites pour embellir la constitution.

Lire aussi La peur de la mort, une crainte salutaire, mais injustifiée

La démocratie, un régime médiocre

Dans toute République, les règles sont établies pour être appliquées. Cela, afin d’asseoir l’autorité de l’ordre et de la justice. Leur non-respect ne peut qu’engendrer l’anarchie.

Platon, philosophe antique grec, pense que la loi est faite pour celui qui ne sait pas se diriger correctement. Il s’agit du peuple qui est ignorant. Vu qu’il ne sait pas se comporter, il lui faut des lois. C’est pourquoi ce philosophe pense que la démocratie est mauvaise, car celle-ci se veut pouvoir du peuple. Le peuple étant ignorant, il ne peut aucunement se gouverner. Cela reste de même pour les gouvernants. Selon Platon, la démocratie est le régime politique le plus médiocre puisqu’elle permet à n’importe qui d’accéder au pouvoir (le médiocre, le violeur des lois, l’ignorant, l’élite, etc.).

Lire aussi Faut-il condamner les plaisirs ?

Platon analyste du Mali

En faisant allusion à cette analyse platonicienne, nous voyons l’image parfaite du Mali, qui, en plus grande partie, est un pays constitué de peuple ignorant et de gouvernants qui votent des lois qu’ils ne peuvent pas appliquer. Nos gouvernants renvoient à ce que Platon appelle de gouvernants de peu de talents voire sans qualité.

On remarque aujourd’hui au Mali que l’application des lois semble ne pas être une obligation aux yeux des autorités maliennes. Le cas de l’article 39 du Statut des enseignants, qui est l’objet de différend entre l’exécutif et les syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016, n’est aujourd’hui un secret pour personne. Dans ce pays, on oublie volontiers que les lois ne sont pas faites pour embellir la constitution.

Lire aussi L’erreur, un vice ou une vertu ?

Cette situation qui paralyse aujourd’hui le secteur de l’éducation malienne nous fait rappeler à ce passage du livre Les lois de l’Athénien à travers lequel, il nous fait comprendre l’infériorité d’un État :

Je comprends ta pensée : tu veux dire que dans un État composé de citoyens formant entre eux une espèce de famille, il arrive quelquefois que la multitude des méchants, venant à se réunir, met la force en usage pour subjuguer le petit nombre des bons ; que, quand les méchants ont le dessus, on peut dire avec raison que l’État est inférieur à lui-même et mauvais ; qu’au contraire, lorsqu’ils ont le dessous, il est bon, et supérieur à lui-même. 

Lire aussi Voltaire et Montesquieu pour éclairer la crise climatique actuelle

À partir de ce passage de Platon, nous pouvons dire que les crises maliennes d’aujourd’hui relèvent de l’infériorité de l’État malien. Un état qui s’explique par l’ascendance des méchants.

L’éducation sabotée par intérêt

L’éducation est le socle du développement de tout pays. Mais les autorités maliennes l’ont reléguée au second plan. Car l’éducation qui, même d’après les droits de l’homme, est un droit pour tous est devenue un droit pour quelques-uns au Mali. Les autorités maliennes ont perdu le sens de la responsabilité, du souci d’une jeunesse formée pour un monde compétitif. Mais pour avoir toujours les mêmes personnes au pouvoir, il faut saboter l’éducation de ceux qui doivent assurer la relève. Il est temps de quitter la gérontocratie.

Lire aussi Le drame du Mali, c’est d’avoir aussi un peuple papillon !

Une situation inquiétante

Si pour Hobbes, philosophe du 17e siècle, le rôle de l’État est d’assurer la sécurité des citoyens, nous pouvons dire que l’État malien a échoué sur tous les plans. Qu’il soit éducatif, sécuritaire…

Au niveau de l’éducation, les enfants maliens sont privés de leur droit. Car le secteur éducatif est en crise depuis fort longtemps et nous constatons un désengagement de la part du gouvernement.

Lire aussi Problème de définition de la philosophie

Thomas Hobbes souligne que l’État doit imposer le respect strict des lois. Mais si au lieu que cela soit garanti par l’État, on se rend compte que c’est lui-même qui les viole, alors, la situation devient inquiétante.

Les citoyens sont aussi responsables

Pour le respect des lois, tous les Maliens doivent s’impliquer. Ce problème ne doit plus être vu sous un seul angle, il est commun. En ce qui concerne les gouvernants, ils doivent faire du Mali la priorité pour ne pas trahir la confiance que les gens ont placée en eux, même si cette confiance est déjà en crise.

L’application des lois en République du Mali doit être imposée à tous, commençant par le président, les ministres, les députés… car les lois ne sont pas faites pour embellir la constitution.

Lire aussi Comprendre le lien entre la volonté et le désir

Pourquoi ce désordre, cette anarchie au Mali ? Le peuple n’a-t-il pas également failli à son rôle ?

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :