Lettre ouverte de Mamadou Coulibaly aux Présidents malien et français

Dans la foulée des polémiques autour de la présence française au sahel, Mamadou Coulibaly, étudiant malien en France, exprime, à travers cette lettre ouverte, sa vision des choses ainsi que les raisons de son inquiétude.

Grenoble, le 02/03/2020

Chers Messieurs les Présidents,

J’ai l’insigne honneur de vous adresser cette lettre ouverte afin d’exprimer humblement mon inquiétude concernant les polémiques autour de « la présence française au sahel » (la coopération française devrais-je dire) qui alimentent les débats politiques.

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Je n’ai aucunement la prétention d’avoir l’autorité ou les compétences nécessaires pour juger sa légitimité ; je n’ai aucunement la prétention de vous donner des leçons ou des raisons. Pour faire cela, il faudrait savoir quelque chose ; or si je suis sûr de quelque chose, c’est bien mon ignorance. C’est la raison pour laquelle je prends rarement part aux débats politiques.

Messieurs,

Je ne suis qu’un vulgaire agneau effrayé par les tempêtes du sable. Ces vents violents qui semblent simplement se pointer à l’horizon. Si la brebis est censée mieux connaitre le danger que son petit, sa pertinacité pourrait laisser ce dernier perplexe.

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Je ne suis qu’un vulgaire petit chimpanzé effrayé par les cris redoutables. Ces cris violents qui s’annoncent plus redoutables que ceux des « chimpanzés de Gombe ». Si les Kasakelas ont eu la malheureuse opportunité de réclamer naïvement leur victoire sur les Kahamas, l’ampleur de ces cris violents qui s’annoncent pourrait laisser tout Kasakela perplexe.     

Messieurs,

Je ne suis pas seulement effrayé par ce conflit qui sévit là-bas, mais surtout celui qui s’installe çà et là. Je ne suis pas seulement effrayé par la langue des oiseaux, mais surtout le discours intolérant et l’intolérance du discours qui surgissent çà et là.

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Ma vision semble percevoir quelque chose de plus ravageur que la peste et autant inquiétant que l’urgence écologique. Elle ronge les héritages du siècle des Lumières et s’installe çà et là. Ma vision semble percevoir quelque chose de plus contagieux que le Coronavirus et autant inquiétant que l’urgence exodique. Elle longe la clôture et entraine l’isolement çà et là.

Messieurs,

Je ne suis pas simplement effrayé par les pages sombres de notre histoire commune, mais sa persistance. Je ne suis pas simplement effrayé par « le sentiment anti-français » (le discours anti-politique française devrais-je dire), mais sa persistance.

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Ma vision semble concevoir une histoire qui embarrasse le présent et empêche le futur de s’émanciper. Elle se métamorphose sans cesse, sans cesser d’inquiéter. Ma vision semble concevoir une habitude qui persiste et qui provoque le ressentiment. Elle alimente la méfiance en voulant la combattre et compromet l’espoir d’une coopération plus prometteuse.

Messieurs,

Je ne suis pas simplement effrayé par l’absence manifeste de communication fraternelle çà et là, mais son impossibilité. Je ne suis pas simplement effrayé par l’absence manifeste de compromis çà et là, mais son impossibilité.

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Ma vision semble appréhender une conduite qui alimente la polémique et qui ne laisse pas de place à la compréhension. Elle sème la terreur et la désolation çà et là. Ma vision semble appréhender un langage qui ne laisse pas de place à la raison communicationnelle et à l’intelligence collective de montrer leur preuve. Tantôt ouvert tantôt dissimulé, il persiste çà et là.  

En espérant que vous preniez acte, je vous prie d’agréer Messieurs, mes salutations distinguées

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