Les quatre (4) raisons de l'opposition de Popper au marxisme

Le règne d’une société meilleure ne passe pas forcément par l’usage de la violence, conséquence des conceptions historicistes de la société. Il faut juste un État de droit dans lequel les plus faibles sont protégés contre les plus forts. Popper se hisse comme un des critiques farouches du marxisme.

« L’historicisme est une erreur de bout en bout. L’historiciste voit l’histoire comme une sorte de cours d’eau, comme un fleuve qui coule, et il se croit capable de prévoir où se passera l’eau. L’historiciste pense être très intelligent ; il voit l’eau qui coule et imagine pouvoir prédire l’avenir. »

Ce passage de « La leçon de ce siècle » de Karl Popper décrit tout le problème que ce philosophe britannique a avec les philosophies de l’histoire qui tentent de donner une orientation à l’histoire des sociétés ou des Etats. Une attitude qui les amène à compromettre l’Etat au profit d’un Etat de violence pour la seule réalisation de leurs prédictions. Voilà tout le problème de Popper avec Marx.

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 « Le capitalisme ne peut être réformé, il ne peut qu’être détruit »

Pour l’avènement d’une « société nouvelle », meilleure, il faut commencer par détruire le capitalisme, selon Karl Marx. Les marxistes estiment que le capitalisme n’entend point d’autre langage en dehors de celui de la violence, explique Karl Popper.

Par cette idéologie, les marxistes nous font vivre dans une société de violence permanente fondée sur l’espoir d’arriver à leur société rêvée, une société sans exploitation, où les hommes vivront en pleine liberté, bref dans un paradis.

 Dans la « Société ouverte et ses ennemis », Popper appelle cette attitude « historicisme ». Un comportement visant à faire croire la possibilité de prédire le futur de la société à travers des lois que le cours de l’histoire devra suivre nécessairement.

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« Il est généralement admis qu’une conception vraiment scientifique ou philosophique de la politique et une meilleure compréhension de la vie des sociétés doivent reposer sur l’étude et l’interprétation de l’histoire », lit-on dans le premier tome de « La société ouverte et ses ennemis ».

L’historicisme repose d’après lui sur une méconnaissance des méthodes des sciences sociales et sur une absence de distinction entre prophétie historique et prévision scientifique. L’historicisme est hautement risqué, prévient-il en faisant référence à tous les crimes commis par des marxistes pour la réalisation de leur « utopie ».

Dans la « Misère de l’historicisme », Popper dégage cinq arguments pour justifier les raisons pour lesquelles cette doctrine est insoutenable :

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« Le cours de l’histoire humaine est fortement influencé par la croissance du savoir humain » ; « Nous ne pouvons pas prédire, par des méthodes rationnelles ou scientifiques, la croissance future de nos connaissances scientifiques » ; « Nous ne pouvons donc pas prédire le cours futur de l’histoire humaine » ; « s’il y a une chose telle que la connaissance humaine croissante, alors nous ne pouvons pas anticiper aujourd’hui ce que nous ne connaîtrons que demain » ; « aucune société ne peut prédire, scientifiquement, ses propres états futurs de connaissance. »

Avec ces arguments, cette théorie marxiste s’écroule comme un château de carte.

 « L’appauvrissement croissant »

Le problème de Popper avec cette thèse de « l’appauvrissement croissant des travailleurs » est surtout la mauvaise compréhension du marxisme par certains de ses militants.

En effet, si Marx soutient que plus le travailleur fournit d’efforts, plus il s’appauvrit alors que le capitaliste s’enrichit, il ne va quand même pas jusqu’à tenir individuellement le capitaliste pour responsable de cette situation. Car, lui tout comme les travailleurs sont victimes d’un système qu’il convient de blâmer.

« [NDLR] Marx avait soutenu que le capitalisme est une sorte de machine qui broie les capitalistes tout autant que les travailleurs ; ils ne peuvent faire autre chose que ce que la machine leur impose », écrit Popper dans « La leçon de ce siècle ». Pourtant, ce « capitalisme vulgaire » est bien la conception développée par les partis communistes.

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Cette incohérence au sein du marxisme donne la chair de poule à Popper.

« Le capitalisme, tel que Marx le décrit, n’a jamais existé »

Selon Popper, Marx se trouve dans une situation de rêverie, d’« invention et de fabulation diabolique ». Car la forme de société qu’il a toujours considérée comme capitaliste n’en était pas une. Une société irréformable où les pauvres sont incapables de changer de statut alors que les riches s’enrichissent davantage chaque jour n’est qu’une utopie aux yeux de ce critique farouche du marxisme.

Il serait impossible d’arriver à une société où tout le monde sera riche ou pauvre. Comme il a toujours existé des pauvres et des riches, ces classes continueront d’exister et la morale nous recommande de leur porter assistance. 

« [NDLR] Au cours de la vie de Marx, de grandes réformes ont eu lieu, des changements importants, énormes, tant en Angleterre qu’ailleurs, et notamment en Allemagne sous Bismarck », précise Popper qui souligne que « cette société dans laquelle capitalistes et travailleurs étaient pris dans un mécanisme qui ne faisait que dégrader de plus en plus leur situation n’a jamais existé. »

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Sous cette thèse, ce Britannique dégage plusieurs incohérences dans le marxisme qui lui donnent le dégout de toute la doctrine.

« L’État, sous le capitalisme, est une dictature dirigée par les capitalistes »

Cette thèse vise à renverser la théorie marxiste selon laquelle ce sont les conditions économiques qui déterminent les autres faits sociaux. Ce qui donne ainsi tout le pouvoir politique aux seuls capitalistes qui sont ceux qui ont une aisance économique. Mais pour Popper, cette théorie est « simplement et purement une vue de l’esprit ». Car, dit-il, la réalité est tout à fait complexe.

Si Marx pensait que l’économie avait une valeur explicative universelle, Popper estime l’existence d’autres facteurs plus influents comme la croissance de la connaissance scientifique, la religion, la nationalité, les liens d’amitié, le fait de fréquenter les mêmes écoles.

« [NDLR] Presque tous les hommes politiques de tous les partis avaient été amis lorsqu’ils étaient à l’université », indique Popper. La dictature des capitalistes n’est alors qu’une autre rêverie marxiste, selon Popper.

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Ce qu’il faut comprendre

Rappelons que Popper lui-même a été un moment marxiste. Mais c’est dû à ces différentes raisons avancées qu’il décide de se détourner de cette philosophie pour devenir un de ses critiques farouches. Car pour lui, si un homme a le droit de mettre sa propre vie en danger, il n’a pas le droit d’entrainer les autres avec lui. C’est la raison pour laquelle il prône l’interventionnisme de l’État afin de protéger les plus faibles des plus forts. Il est pour le règne de l’État de droit qui permettra la « liberté de marché » et par ricochet le développement de toute la nation.

Le poppérisme est une philosophie qui prône le pacifisme, en tout cas tant que les principes démocratiques ne sont pas menacés, rien ne justifie le recours à la violence.

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Tout son problème avec le marxisme constitue sa tendance historiciste qui le conduit à l’usage de la violence.   

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