Justice : tous responsables du crime

Du discours du correspondant de son ami, bien qu’il ne soit pas concis, Mikailou Cissé note dans ce second article les points saillants du discours de cet homme.

Dans son récit, il fait savoir que le condamné était lui-même son propre avocat, qu’il est un accusé qui n’avait rien de commun avec ceux-là qui ont été mis à mort au cours de ces dix dernières années. Il est différent d’eux parce que de tous ceux qui ont été accusés du chef d’accusation qu’on lui reproche, il est le seul qui a estimé qu’il est le seul qui soit en mesure de se défendre.

Un homme exceptionnel

Il est le premier dans l’histoire a refusé l’assistance de ces hommes de droit qui paradent dans les tribunaux pour défendre les accusés de son genre. Il est exceptionnel aussi parce qu’il fait partie des rares personnes qui ont accepté de plaider coupables après l’exposition des faits. Il fait partie également du lot de ceux-là qui pensent que tous les membres de la justice sont des dissolus. Il est de ceux-là qui pensent qu’il n’est pas encore trop tard pour les autres de se lever contre le système de gouvernance qui est en place. Il est de ceux-là qui pensent qu’il émergera, dans un futur très proche un homme qui sera le réservoir de la science occulte comme le héros qui a autrefois sauvé le peuple zoulou des mains des aventuriers occidentaux. Des aventuriers qui voulaient leur apprendre une culture qui n’égale pas les siennes.

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Tous coupables

Après les appréciations, comme il est de son habitude, il fait virage inattendu. Je suis étourdie comme beaucoup d’autres, surtout ceux qui ne le connaissent pas. Mais pas surpris comme les autres. Aux yeux de mon ami, ce monsieur est dans une situation semblable à celle du chef de gouvernement qui gère les affaires actuelles du peuple de ce Rio malinké que les chroniqueurs de l’histoire des peuples africains citent comme celui qui a, pour la première fois, initié une assemblée générale afin de mettre en place des règles de conduite sociétale.

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Pour lui, ils sont tous les deux dans une situation qui ne les permettent guère d’avoir la sympathie de leurs concitoyens. Ils sont tous coupables aux yeux de leurs compatriotes comme des victimes du drame dans lequel ils se trouvent. Ils sont tous les deux coincés dans un système dont ils ont contribué à mettre en place passivement et activement. Ils méritent tous les deux le dédain que les cyniques portent à leur égard. Ils ne méritent pas tous les deux le repos éternel qu’on souhaite aux morts. Ils ne méritent pas tous les deux qu’on se casse la tête pour eux. Ils ne méritent pas tous les deux le souffle de la vie que le Très-Haut leur a accordé. Ils ne méritent pas tous les deux qu’on fasse référence à eux au cours d’une discussion. Ils ne méritent pas tous les deux de figurer dans les livres d’histoire. Ils méritent par contre la méchanceté de tout le monde.

Un seul crime

En plus, il dira qu’il est possible pour cet homme qui n’a commis qu’un seul crime : avoir la clémence du Très-Haut à la différence du chef de gouvernement à qui il est comparé. Ce dernier est pour lui, le pire de l’espèce de tous les chefs de gouvernement que son pays a connu jusqu’ici. Il est à l’image de celui qui l’a nommé à ce poste. Il est du même genre que celui dont les sorties ont fait partir son prédécesseur. Il n’est pas loin de cet ancien talibé qui est devenu aujourd’hui l’homme qui a trainé par terre le nom de sa communauté. Ils sont à un trait près les mêmes. Ils partagent en commun le fait d’être des butés.

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L’égoïsme, le mensonge, la gabegie, la démagogie sont des traits qui les rendent atypiques, des caractères qui les rendent semblables. Après un laps de temps de silence, il termine ses propos sur ce monsieur en disant qu’il est la personnification du mal. Sur ces précédents verbes, il fait savoir que cet homme qui n’a rien apporté de bien à son peuple n’est pas digne qu’il s’appesantisse sur son sort.

L’injection léthale

Unique en son genre, il dira de l’auteur qui a injecté l’injection létale à cet homme reconnu coupable d’être le responsable du meurtre dont on l’accuse. Il s’agit de ce très haut fonctionnaire de son État dont les lois confèrent le droit de mettre fin à la vie de ceux-là qui ont reconnu publiquement leur crime et ceux qui ont été déclarés coupables du meurtre. Alors que ce dernier n’est pour lui qu’un simple exécutant des décisions. Il n’est ni un juge ni un procureur. Il est un commis au service de son état. Il est un automate comme les machines qu’on trouve dans les supermarchés. Il fera partie de ceux qui figureront dans les livres d’histoire. Il est de ceux-là qu’on citera après leurs morts comme ceux qui vont rejoindre l’enfer. Il est ceux-là qui ont plus d’ennemies que d’amis. Il est de ceux-là qui ne se réjouissent que quand on parle de mort. Il est du genre de ceux qui se faufilent discrètement dans les rues. Il est du genre de ceux qui mourront sans qu’on ne le sache.

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      En outre, il fait savoir qu’à la différence de celui avec qui on le compare, il est comme ce jeune homme qui était dans la rue l’autre jour, dans la cité qui autrefois était le poumon de l’économie du pays qui doit son nom actuel au leader qui l’a conduit à son indépendance. Ce bourreau, qui règle les comptes de ceux-là qui enfreignent cette règle selon laquelle tu ne tueras point, est à l’image de ces jeunes qui, en réaction à l’assassinat de l’un de leurs frères par un des agents de la force, ont mis le feu aux édifices publics de son état.

Des crimes

Il est comme ces jeunes gens qui, en voulant montrer leur mécontentement, ont ôté la vie à des agents des forces de l’ordre. Cet exécuteur de condamnés à mort est comme ce jeune homme qui, l’autre jour, a fait recours à la désobéissance civile comme sa constitution lui autorise pour montrer son indignation. Ils ont, tous deux, accompli leur devoir de citoyenneté comme leur constitution l’exige. Ils ont agi pour l’intérêt commun. Ils ont, tous deux, participé pour rendre justice à un mort innocent. Ils ont posé des actes que tout le monde pourrait faire dans la même situation. Ils ont agi en harmonie avec le principe selon lequel une vie ne doit pas être enlevée gratuitement.

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Phileingora

Fousseni Togola est né à Fana, dans la région de Koulikoro. Il a obtenu son baccalauréat au lycée Cabral de Ségou, au Mali. Aujourd’hui, M. Togola est détenteur d’un Master en philosophie, obtenu à l’École normale supérieure (ENSUP) de Bamako. Présentement, il est professeur de philosophie, journaliste-blogueur, écrivain et Mondoblogueur. Il est auteur de « La société close et ses militants » et de la « Féminitude » et de « Le Mali sous IBK : sept ans d’obscurantisme » qu’il a publié sous le pseudonyme Chiencoro. M. Togola est membre de la Communauté des blogueurs du Mali (DONIBLOG) et contributeur à Benbere, plateforme des blogueurs maliens. Fousseni Togola est fondateur et directeur de publication du site web d’informations générales, d’analyses et d’enquêtes phileingora.org. Il occupe le poste de rédacteur en chef adjoint au journal malien Le Pays. En 2020, il a été nominé au prix Mali Média Award (MAMA).

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