Interpellation de Bandiougou Doumbia: la liberté oui, mais la stabilité du pays aussi

« Nous avons besoin de la liberté pour empêcher les abus de l’État, et nous avons besoin de l’État pour empêcher les abus de la liberté ». Ces propos ont été prononcés par Karl Popper, philosophe anglais du XXe siècle, le 9 juin 1988 lors d’une conférence à Bayerischer Hof de Munich (en Allemagne). Un passage qui sonne aujourd’hui comme une vérité d’évidence dans la plupart des pays démocratiques, notamment au Mali. L’interpellation de Bandiougou Doumbia est mal vue par certains citoyens de ce pays.

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La démocratie en tant que régime politique dans lequel la souveraineté est exercée par le peuple requiert l’exercice de la liberté. Cette liberté qui donne le droit d’action au peuple, dans la mesure du possible, doit être assez circonscrite pour éviter des dérapages qui mettront dans les fers la liberté des autres citoyens voire compromettre l’existence de l’État.

Cette délimitation du champ d’action de la liberté doit être surveillée par les autorités, garantes de ce droit. Car comme on préfère le reprendre à l’occasion de plusieurs de nos discussions sur la liberté : « Trop de liberté tue la liberté ». D’où la nécessité de toujours veiller sur elle. Le peuple l’exerce pour interpeler les autorités étatiques et celles-ci pour éviter des dérapages de la part du peuple. L’exercice de la liberté a besoin de ce contrôle externe pour éviter qu’elle déborde.

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Pour reprendre Thomas Hobbes, philosophe anglais, l’homme laissé naturellement à lui-même ne peut être qu’un « loup » pour son prochain. D’où la nécessité d’un État qui soit fort pour imposer le respect des lois de la République en exigeant à chacun le respect des limites de sa liberté.

Comme on ne peut pas vouloir à la fois, une chose et son contraire, l’interpellation du prêcheur, Bandiougou Doumbia, la semaine dernière par la Brigade d’investigation judiciaire (BIJ), ne mérite trop de délitements de langue. Pour rappel, en 2009, c’est le même prêcheur qui s’est attelé au même exercice en allant jusqu’à inviter les militaires à un « assassinat politique ». Ses insultes ont été ardues à l’endroit des autorités de l’État au sujet du code des personnes et de la famille. Chose qui avait été d’ailleurs félicitée par maints citoyens.

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Pour éviter son interpellation, c’était lui-même qui est allé à la rencontre de ces mêmes autorités, à commencer par Amadou Toumani Touré alias ATT, ex-président du Mali, pour présenter ses excuses. C’est depuis ces temps « du Général Makossa », pour reprendre Sirafily Diango dans Il pleut sur le sud suivi de Il neige sur Kidal, que la soumission du droit au sentiment a commencé dans ce pays.

 Cette énième interpellation de Bandiougou Doumbia ayant conduit à son arrestation doit être analysée sans emportement. Certes, en tant que citoyens, de surcroit, leader religieux, nous avons la liberté d’exprimer nos opinions, mais nos propos ne doivent nullement constituer une menace pour la stabilité de l’État. Dans le contexte difficile que traverse le pays, il serait difficile de justifier ce coup de cœur de ce prêcheur malien.

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Même si des voix se sont levées pour demander la clémence des autorités afin d’obtenir la libération de leur confrère, il faut noter que les autorités doivent aussi travailler à appliquer la loi de la République. Sans quoi, ceux pour qui elles sont en service diront qu’elles n’accomplissent pas leur travail. Comme pour rappeler que « Nul n’est au-dessus de la loi ».

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