IBK, un président honni par ses adversaires politiques, déprécié par sa famille politique

Depuis 1992, le Mali figure parmi les bons élèves des pays africains dits démocratiques. Dès ces premières ères de l’avènement de la démocratie jusqu’au coup de force militaire dirigé par Amadou Aya Sanogo en 2012, le Mali occupait une bonne place en termes de respect aux principes démocratiques.

Toutefois, cela ne veut pas dire qu’il n’y avait pas eu de tentatives de renversement de pouvoir à travers des coups de force antidémocratiques. Mais toutes les aventures visant à faire partir un président ont été dirigées par des militaires. Pendant ce temps, la société civile, les associations politiques et apolitiques ainsi que les partis politiques et les regroupements de partis politiques ont quant à eux toujours été des sentinelles contre les dérives de l’État. Ils ont eu certes à contester des décisions des dirigeants ou des résultats des élections, mais jamais, ils n’avaient réclamé la démission du président de la République avec autant de zèle que ce dont nous assistons de nos jours.

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La situation sociopolitique actuelle rappelle un précédent, celle qui avait conduit à la chute du président Moussa Traoré en mars 1991. Le peuple malien est familier avec les manifestations de contestation politique dans les rues. Les dirigeants ont toujours été assistés dans toutes leurs actions. Toutes celles qui ont une portée d’intérêt national ont attiré l’attention du grand public. À chaque fois qu’une décision est jugée contraire à l’intérêt général, aux valeurs sociétales ou à la cohésion sociale voire à l’intégrité nationale, elle est contestée dans la rue.

De même, pratiquement après toutes les élections présidentielles, au sortir des seconds tours, la légitimité du président élu est mise en doute. Ainsi, les élections ont toujours été suivies de contestations qui ont toujours été estompées par des concessions de poste ministériel aux dirigeants des mouvements contestateurs. La demande de la démission du chef de l’État ou encore la mise en cause de sa légitimité a toujours été une stratégie pour parvenir à d’autres fins non avouées.

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Cependant, dans ces derniers temps, la mise à l’écart du président de la République est l’exigence qui est sur presque toutes les lèvres. Elle est une exigence qui secoue littéralement la classe politique malienne. Elle est portée par un regroupement d’associations et de partis politiques dénommé le Mouvement du 5 juin-rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP). Ce dernier est celui qui cristallise autour de lui toutes les attentions de la classe politique malienne et des organisations de la sous-région voire celles au niveau international. Il est un mouvement dont les initiateurs s’étaient donné un objectif précis : obtenir la démission du président IBK à travers des manifestations pacifiques.

Malgré les missions de bons offices pour trouver une issue favorable à cette crise sociopolitique qui paralyse davantage le pays, le M5 a remis au chef de l’État le 1er juillet 2020, un Mémorandum contenant ses principales revendications pour la fin de la crise. Si la démission du président de la République n’apparait pas dans les neuf (9) propositions faites, notons que le M5 fait quand même comprendre que leur objectif reste le même : le départ du locataire de Koulouba. Une position que certains jugent radicale ou de « posture de fermeture ». L’objectif de ce mouvement est de démolir toutes les institutions de la république.

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Les leaders qui sont à la tête des groupements qui le composent peuvent être dénommés sous un certain angle les démolisseurs ou les précurseurs d’une nouvelle république. À travers leurs discours, on avait cru comprendre qu’ils n’avaient aucune proposition à soumettre pour une gestion plus pacifique de la crise, leur ultime dessein est de détruire. Mais à travers le Mémorandum, beaucoup ont compris que des propositions existent, même si nous ne savons pas comment ils comptent gouverner le pays après le départ d’IBK. Surtout que les propositions faites ne sont valables que si le chef de l’État actuel est au pouvoir.  Or après l’échec de la rencontre du 5 juillet 2020 entre IBK et une délégation du M5, ce mouvement est revenu à sa case de départ: le départ du chef de l’Etat.

Selon ces démolisseurs, d’autres hommes plus habiles que ceux qui sont aux commandes viendront avec des vues plus justes pour bâtir un Mali nouveau. Ce n’est pas pour la venue d’un homme qu’ils se mobilisent, font-ils savoir, mais c’est pour celle d’une génération. Pour eux, il n’y a rien (nihil), aucun homme respectable à la tête des différentes institutions, à commencer par la présidence, l’Assemblée nationale, la cour constitutionnelle, etc. Les nihilistes d’aujourd’hui sont, si je peux m’exprimer ainsi, la queue, comparativement à leurs prédécesseurs. Ils sont trop éloignés de ceux qui, en 1991, demandèrent la démission du chef de l’État. Ils le sont en ce sens qu’ils n’ont pas une stratégie clairement définie ni un leadership réel. Ce fait est perceptible à travers leurs différentes interventions. Dans ces dernières, les pseudo leaders qui sont à la tête des groupements, qui le composent, tiennent tout le temps des discours contradictoires. Ils pataugent dans tous les sens. Cela se voit dans leur Mémorandum ainsi que les discours oraux qu’ils tiennent.

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Selon les interventions de beaucoup de constitutionnalistes, la revendication qu’ils mettent en avant est une demande qui souffre de légalité. Pour eux, nos lois n’octroient aucunement un tel pouvoir aux citoyens. De là, ils laissent entendre qu’elle est anticonstitutionnelle. Je dirai pour ma part qu’il est un propos de table. À la place de celle-ci, ils devraient réclamer des réformes politiques et institutionnelles raisonnables, le changement de la piètre condition de vie dans laquelle la majeure partie du peuple se trouve. Ces considérations les auraient amenés à changer de vouloir changer de posture en proposant une série de propositions dans lesquelles la démission du chef de l’État n’apparait nulle part. 

Mis à part les considérations évoquées ci-haut, il ressort dans les discours des leaders des contestateurs qu’avant même que leur exigence ne soit satisfaite, ils sont stupéfaits de l’avoir obtenu. Ce fait peut être imputé au fait que leur mouvement a eu une ampleur inattendue. Cette dernière est liée au fait que la majeure partie du peuple était dans des situations désespérantes. Elle fut la principale cause des ralliements à sa cause.

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En principe, il était facile de l’écraser comme tout autre groupe de mécontents qui se délectaient, après avoir lu quelques recueils sur la généalogie des mouvements populaires. Même quelques vers séditieux sur les soulèvements qui ont bouleversé tout le Maghreb récemment pourraient donner de quoi faire face. Mais le cliché de la réaction du président déchu en 1991 est toujours dans les mémoires. Ce fut la brutalité qu’il avait utilisée contre les contestateurs à l’époque qui fut son erreur fatale. De ce fait, il faut utiliser tous les canons et stratagèmes pour l’estomper excepté la force. Cette leçon est bien assimilée jusqu’ici.

Néanmoins, la rapidité avec laquelle le mouvement a pris de l’ampleur a contrecarré tous les théorèmes sur les soulèvements populaires. Elle est ce qui a permis aux déchus du régime de se rallier au mouvement avant même que le président et ses partisans ne prennent conscience du danger que ce mouvement nihiliste faisait planer sur leur tête, sur le pays ainsi que sur toute la sous-région. Le mouvement de soutien au président, dénommé Convergence des forces républicaines (CFR), est une entité mort-née. Elle l’est en ce sens qu’elle a vu le jour à un moment où dans les rangs des soutiens du président, il y avait des frustrations internes. Parmi celles-ci, nombreux sont les membres de sa famille politique et les barons qui l’ont soutenu, qui ont été déçus par ses interventions personnelles dans des domaines qui n’étaient pas dans son giron. Les résultats des élections législatives, la répartition de certains postes stratégiques ainsi que la désignation du président de l’assemblée nationale sont entre autres les grains de sable qui se trouvaient dans leur couscous. D’une part, ils ont révélé les ambitions démesurées du premier chef, et d’autre part ils ont mis à nu les dissensions internes dans les rangs des tenants du système et les velléités de certains cadres. Le président n’est plus le berger de tout le troupeau, mais un homme qui n’a que le soutien total des proches de sa famille au sens propre du terme.

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Tels sont entre autres, les raisons qui ont favorisé l’influence des hommes politiques en quête de crédibilité et qui les ont permis de se hisser dans la cour des décideurs. Elles sont aussi celles qui ont déclenché la chute de la cote de popularité du président. C’est alors que le danger est devenu véritablement réel. Ce qui n’était qu’une simple manifestation ou un simple meeting de quelques frustrés s’est transformé en un mouvement de contestation politique qui attire les adhérents comme l’odeur d’une bonne sauce d’arachide préparée par une malinké. C’est alors que le président s’est rendu compte qu’il perdait l’admiration et l’estime de son peuple et de ses proches.

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Phileingora

Fousseni Togola, fondateur et directeur de publication de Phileingora. Né à Fana, dans la région de Koulikoro, j’ai obtenu mon baccalauréat au lycée Cabral de Ségou au Mali. Je possède une Maîtrise en Philosophie obtenue à la Faculté des Sciences Humaines et des Sciences de l’Éducation (FSHSE) de Bamako. Après cette Maîtrise, j’obtiens mon Master à l’ENSUP de Bamako. Présentement, je suis professeur de philosophie, journaliste-blogueur, écrivain et Mondoblogueur. Je suis auteur de plusieurs livres dont « La société close et ses militants » et « Féminitude ». J’ai bénéficié de maintes autres formations notamment les techniques d’enquêtes en journalisme et en bloging ainsi que la Technique de l’édition. Je suis membre de la Communauté des blogueurs du Mali (DONIBLOG) et contributeur à Benbere, plateforme des blogueurs maliens.

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