Fête de ramadan : un lieu de sacrifice et de convivialité sous le coup de la covid-19

La fête de ramadan vient mettre fin au mois de ramadan dans les communautés musulmanes. Au Mali, cette fête offre l’occasion de se montrer plus soudés que jamais. Cette année, la covid-19 pourrait porter un coup fatal à cette belle architecture de cohésion sociale.

« Après la pluie, c’est le beau temps », dit un proverbe. Après un mois d’abstinence, de lutte contre la faim, la soif et pleine autre passion et désir, le jour de l’abondance se présente aux musulmans : la fête d’Aïd’el-Fitr.

Au revoir mois de carême !

La période d’abstinence ou de mis à l’épreuve se succède par une période de la vache grasse. Cela fait oublier aux musulmans les jours de souffrances, mais aussi les longues séances de prières et de bénédictions sur la voie de Dieu. Cette fête est une occasion particulière au Mali qui donne l’impression que tous les différends se résolvent. L’autre beauté de cette journée, c’est la manifestation de la joie sur tous les visages.

Ce que renvoie le Sambè Sambè

Cette expression est bambara. Elle traduit un souhait : que Dieu nous montre l’année prochaine ! Il s’agit ici du diminutif de l’expression « San kunbè, san kunbè » qui signifie chaque année. L’Aïd-el-Fitr est une fête annuelle et c’est ce que les hommes expriment aussi dans leur salutation afin de se souhaiter une longue vie.

Le ramadan, jour de pardon

La fête de ramadan offre à tous les musulmans l’opportunité de se présenter des pardons réciproques. Les visites de courtoisie se multiplient au cours desquelles même ceux ayant des nœuds entre eux se profitent pour glisser un pardon. Un jour nouveau naît. Une nouvelle société voit le jour : une société de pardon et de cohésion sociale dans laquelle tous les membres donnent l’impression d’être plus soudés que jamais.  

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Pendant ce jour, difficile de distinguer le pauvre du riche. Chacun se trouve superbement habillé. Les repas sont variés. Des offres surtout en viande ou en céréales sont faites aux personnes les plus démunies pour leur permettre de bénéficier de ce jour de grâce divine. 

L’Aïd’el-Fitr, c’est aussi ce respect mutuel entre les citoyens. Les repas sont offerts aux belles familles, aux personnes nécessiteuses en plus des présentations de vœux et de pardon. Cette fête est vraiment le jour du pardon et de l’entente.

Les enfants comme cordon

Réunis en petits groupes, tous élégamment habillés, les enfants se promènent de famille en famille, de quartier en quartier, de village en village pour le Sambè Sambè. Ces promenades se font sans aucune distinction ni de famille, de couleur, de religion, de race, de statut social, etc. Cela constitue l’aspect cohésion sociale de ce Sambè Sambè. 

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  Cette pratique traditionnelle au Mali continue son petit bonhomme de chemin. Si les vieilles personnes s’y adonnent dans le but de se présenter des excuses, les enfants le font dans le dessein d’avoir des présents. Ces dons en argent, bonbons, dattes… constituent aux yeux de beaucoup de citoyens des sacrifices. 

Grâce à ces promenades des enfants, la société se sent plus soudée que jamais. Ces promenades peuvent contribuer d’ailleurs à résoudre des querelles entre des familles. Car les enfants entrent chez tout le monde, de la même manière, avec les mêmes Dugaw (bénédictions) dans la bouche.

Une fête sous covid-19

Voyant les enfants d’un adversaire chez toi ou ton enfant chez lui pour le Sambè Sambè donne à réfléchir et peut amener les adultes à tenter la même expérience en décidant d’aller sur de nouvelles bases et laisser derrière eux leurs divergences.

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Cette année, ce moment spécial se trouve sous le coup de la covid-19. Les visites de courtoisie, les promenades des enfants, etc., doivent toutes être sous surveillance. Car cette pandémie exige surtout la distanciation sociale. La fête est bonne, mais on ne fête que si nous sommes en bonne santé ou en vie. Aux parents de veiller sur les enfants et de respecter les mesures sanitaires afin que nous puissions ensemble fêter de nombreuses autres fêtes de ramadan dans la santé et la joie.

Bonne fête de ramadan à tous les lecteurs et à toutes les lectrices !

TOGOLA

Phileingora

Fousseni Togola est né à Fana, dans la région de Koulikoro. Il a obtenu son baccalauréat au lycée Cabral de Ségou, au Mali. Aujourd’hui, M. Togola est détenteur d’un Master en philosophie, obtenu à l’École normale supérieure (ENSUP) de Bamako. Présentement, il est professeur de philosophie, journaliste-blogueur, écrivain et Mondoblogueur. Il est auteur de « La société close et ses militants » et de la « Féminitude » et de « Le Mali sous IBK : sept ans d’obscurantisme » qu’il a publié sous le pseudonyme Chiencoro. M. Togola est membre de la Communauté des blogueurs du Mali (DONIBLOG) et contributeur à Benbere, plateforme des blogueurs maliens. Fousseni Togola est fondateur et directeur de publication du site web d’informations générales, d’analyses et d’enquêtes phileingora.org. Il occupe le poste de rédacteur en chef adjoint au journal malien Le Pays. En 2020, il a été nominé au prix Mali Média Award (MAMA).

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