Crise scolaire : après les publics, les privés sur le ring

Les examens sont programmés pour se tenir bientôt, les écoles privées attendent encore leur dû de l’État. Sans le paiement de leurs frais scolaires, le secteur voit difficile d’aller aux examens de fin d’année. Pourtant le CNSP ignorait cette situation des écoles privées. Disons donc que la crise scolaire n’a pas encore dit son dernier mot.
Selon la réglementation en vigueur, il est prévu le paiement des frais scolaires en deux tranches, selon Magansiré Diakité, secrétaire général adjoint de l’Association des écoles privées agréées du Mali (AEPAM). À l’en croire, les 50 % sont prévus pour être payés en mi-mars et le reste des 50 % en mi-mai. Cette deuxième tranche, précise-t-il, est généralement utilisée dans les préparatifs des examens de fin d’année, qui se tiennent d’habitude en juin. Car, indique-t-il, sur le plan national, près de 70 % des centres d’examen sont installés dans des écoles privées. Or, l’État n’octroie pas d’aide à ces écoles pour ces préparatifs.
Contacté à ce sujet, le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de Recherche scientifique, à travers son chargé à la communication Sekouba Samaké, a laissé comprendre que dans la plupart des cas ce sont ces écoles elles-mêmes qui sollicitent à devenir des centres. A l’en croire, tous les centres sont traités de la même manière, sans discrimination.
S’agissant des frais scolaires, cette année, « on est en septembre, la plupart des promoteurs n’ont pas reçu leurs frais scolaires », indique M. Diakité avant de faire comprendre que les examens sont prévus pour octobre et novembre.
Il ne décolère pas pour autant dans l’énumération des difficultés auxquelles les écoles privées sont confrontées en raison du manque d’accompagnement de l’État. Il rappelle la fermeture des écoles en mars 2020 pour raison de pandémie de coronavirus. Une situation qui a bouleversé financièrement ce secteur, souligne-t-il. Puisque les accompagnements que l’État avait annoncés n’ont jamais été perçus. « Nous avons repris le 2 juin sans mesures d’accompagnement provenant de l’état », déplore-t-il. Avec cette reprise des cours, les établissements privés n’ont reçu aucun autre accompagnement de l’état que des masques pour les élèves, précise-t-il. Les promoteurs ont fait cette reprise à leurs dépens, a-t-il regretté avant de souligner tous les problèmes auxquels ces établissements ont été confrontés, notamment pour le paiement des enseignants, de la location, de l’électricité, de l’eau, etc.
C’est dans une telle situation de confusion que la reprise dans les classes intermédiaires, c’est-à-dire les classes non concernées par des examens, à été faite, lundi 14 septembre 2020. Vu toutes les difficultés, « si on rentre, on aura trahi nos enseignants », estime M. Diakité avant de préciser les crédits que les enseignants ont envers leurs promoteurs en raison du non-paiement des frais scolaires.
Pour la réussite de leur lutte, le secrétaire général de l’AEPAM invite à l’union puisqu’« on réclame un droit », indique-t-il. À l’en croire, les établissements privés sont condamnés à rester unis dans cette lutte parce qu’aucune autre source d’entrée n’existe à ce stade. « Les banques ne nous accompagnent plus parce que leur délai de paiement est expiré », rappelle-t-il avant de déplorer : « On est face au mur ».
Selon le secrétaire général adjoint de l’AEPAM, son syndicat a été reçu par une délégation des nouvelles autorités du Mali, lundi 14 septembre 2020, afin de recenser leurs doléances. À ses dires, le CNSP était surpris d’apprendre l’existence de ce problème dans le secteur privé. En raison de l’accord trouvé avec la synergie syndicale de l’éducation, au niveau public, le Comité pensait avoir résolu toutes les crises de l’école malienne. La délégation du CNSP a promis de transmettre les doléances à son Comité stratégique et une autre rencontre se fera dans les prochains jours, a-t-il rapporté.
Pourtant, l’ex-Premier ministre, Boubou Cissé avait été saisi par rapport à cette situation, indique Magansiré. Le 30 juin 2020 lui avait même été donné comme délai de rigueur pour le paiement de la deuxième tranche des frais scolaires, rappelle-t-il avant de déplorer qu’à ce jour seules quelque 120 écoles à Bamako aient pu recevoir leurs frais scolaires. Dans ces conditions, les examens pourront difficilement se tenir, regrette le secrétaire général de l’AEPAM.
Il convient de noter qu’en plus de fournir la majorité des centres d’examen, les écoles privées présentent au la majorité des candidats aux différents examens, excepté le DEF, cette année. Selon Magansiré Diakité, pour l’examen du Diplôme d’études fondamental (DEF), les privées présentent 39 % des candidats contre 61 % aux publics ; pour le baccalauréat, elles présentent 74 % des candidats contre 25 % aux publics ; au Brevet de technicien (BT), c’est 86 % des candidats contre 13 % aux publics et au Cap, 92 % des candidats contre 8 % aux publics.
Sans une résolution rapide de cette situation au niveau des écoles privées, l’année scolaire n’est pas encore totalement sauvée.
Fousseni Togola

Phileingora

Fousseni Togola est né à Fana, dans la région de Koulikoro. Il a obtenu son baccalauréat au lycée Cabral de Ségou, au Mali. Aujourd’hui, M. Togola est détenteur d’un Master en philosophie, obtenu à l’École normale supérieure (ENSUP) de Bamako. Présentement, il est professeur de philosophie, journaliste-blogueur, écrivain et Mondoblogueur. Il est auteur de « La société close et ses militants » et de la « Féminitude » et de « Le Mali sous IBK : sept ans d’obscurantisme » qu’il a publié sous le pseudonyme Chiencoro. M. Togola est membre de la Communauté des blogueurs du Mali (DONIBLOG) et contributeur à Benbere, plateforme des blogueurs maliens. Fousseni Togola est fondateur et directeur de publication du site web d’informations générales, d’analyses et d’enquêtes phileingora.org. Il occupe le poste de rédacteur en chef adjoint au journal malien Le Pays. En 2020, il a été nominé au prix Mali Média Award (MAMA).

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