Crise politique au Mali : pour ne pas tomber dans un anachronisme !

L’avènement de la 3e république au Mali était vu par le peuple comme une ère nouvelle. Elle était perçue comme celle qui allait donner au peuple le pouvoir de gérer sa vie, selon le principe de la volonté générale.

Tous les principes qui concourent à la réalisation d’une vraie démocratie, un état de droit, une justice équitable et une saine distribution et rétribution des ressources de l’Etat étaient annoncés dans la table des lois. Toutefois, la gestion du pouvoir politique fut autrement. Elle a été comme la précédente : l’ombre du péché originaire de celle-ci plane sur elle. Le mal-être qui était décrié par le peuple avant l’avènement de cette démocratie, un mal duquel cette 3e république doit son avènement, est toujours présent, au mieux, il touche le peuple dans son ensemble.

La situation critique actuelle que traverse la république du Mali, en tant qu’entité territoriale, est la conséquence de l’incapacité de l’État à répondre aux besoins réels et pressants du peuple. Elle résulte de la jonction de divers maux que l’État, dans son existence n’a pas pu résoudre, en tant que détenteur du monopole de la violence légitime et/ou en tant que pouvoir politique, qui incarne l’entité chargée de maintenir la cohésion sociale dans un environnement collégial.

L’option fédéraliste

La république du Mali en tant qu’entité territoriale, dans son état actuel, ne répond pas à l’ambition de ceux qui ont dessiné sa carte. Il s’agit des hommes qui étaient à la tête de ces peuples et royaumes avant que les Français les envahissent. Une action qui a contribué à les réunir en une seule entité : le Soudan français. Les royaumes qui ont été fédérés pour le constituer [le Soudan] sont entre autres : Sabouciré, Kita, Bamako, Ségou, Nioro, Tombouctou, Sikasso, Gao, etc.

Le Mali était un projet de fédération entre certains peuples que les Français avaient vaincus pendant leur pénétration et répartis en différentes républiques : le Soudan, le Sénégal, la Haute-Volta, le Dahomey. Pour des raisons différentes, sous la pression de la puissance coloniale et sur fond de divergences doctrinales et idéologiques sur la gestion de la fédération, les chefs des représentants de ces différentes républiques qui devraient se fédérer pour le mettre en place n’ont pas pu s’entendre. Toutefois, la fédération du Mali a existé pendant une courte durée en réunissant le Sénégal et le Mali. Aujourd’hui, le Mali en tant qu’État de culture hétéroclite était autrefois appelé par les colons, la république soudanaise, il est devenu la république du Mali, après l’éclatement de la fédération du Mali.

Une crise atavique

La crise que traverse le Mali ne date pas d’aujourd’hui. L’appareil étatique a toujours été incapable de jouer son rôle. Bien avant que la contestation, à laquelle nous faisons face de nos jours, ne prenne sa forme actuelle, le climat sociopolitique au Mali ne présageait rien de bon ni de sûr. Il y avait la grogne sociale sur presque toute l’étendue du territoire national et dans tous les secteurs. Presque toutes les couches sociales se plaignaient de leurs misérables conditions de travail et de vie. La paix et la sécurité ainsi que la stabilité et le développement ont tout le temps été parmi les délices et les idéaux le peuple malien n’a jamais gouté et/ou atteindre. La pauvreté a toujours été le quotidien des Maliens. La justice sociale a tout temps été pour le peuple une réalité d’ailleurs. L’éducation et la santé ont tout le temps été des droits pour quelques privilégiés. Le Mali n’a jamais connu plus d’une décennie, sans qu’une partie de son peuple ne se lève pour dénoncer sa non-satisfaction vis-à-vis de l’État en tant que pouvoir public.

De même que la crise que traverse le Mali ne date pas d’aujourd’hui, la contestation populaire qui dénonce le mal-être de l’être-malien l’est aussi. Défier l’autorité du pouvoir politique est familier au peuple malien. Il est par abus de langage ancré dans ses coutumes et valeurs. Les peuples qui se retrouvent en son sein, bien avant qu’ils ne soient réunis comme un seul peuple, ont toujours opposé une résistance face à ce qu’ils considèrent comme une oppression à leur égard. Les récits sur la résistance et la pénétration coloniale française dans les royaumes cités précédemment comme ceux qui ont été rassemblés pour le constituer confirment ce fait. 

Un peuple d’éternel contestateur

Le Mali a toujours eu du mal à exister. Cette idée de fédération, à laquelle il doit son existence, a tout le temps été une illumination, à chaque fois qu’on croit l’avoir atteint, elle n’est plus. Le peuple qui se réclame d’être le sien, a toujours eu des différends avec les politiques qui ont en charge la gestion du pouvoir public lorsque ces derniers ne roulent pas pour l’intérêt général.

Le peuple malien, il s’agit ici du peuple en tant qu’une totalité organique ayant une communauté de tradition, de mœurs, de culture, n’a jamais abdiqué pendant une longue durée face à des politiques qui ne faisaient pas l’affaire de la collectivité. Il s’est mobilisé à chaque fois pour dénoncer sa misérable condition de vie que les politiques lui imposaient. Il ne s’est jamais laissé malmener par le pouvoir public à sa guise. La contestation à laquelle il s’adonne en ces temps ne lui est pas étrangère. Les différents bouleversements qui ont conduit au départ des différents régimes qui se sont succédé jusqu’ici en témoignent.

Toutefois, les manifestations auxquelles nous assistons ces derniers temps traduisent le mal-être de l’être-malien et exhibent de même le malaise dans lequel le peuple vit, plus que les précédentes contestations. Cette fois-ci, à la différence des précédentes, elle a commencé avec les soulèvements populaires contre les résultats des élections législatives. Mais en réalité, ces derniers n’ont été que les principes déflagrateurs. C’est-à-dire, la goutte d’eau qui a fait casser le pont. Les germes pour un soulèvement populaire étaient palpables bien avant les élections législatives. Le peuple malien vivait dans la pauvreté jusque dans son esprit. Le processus de la paupérisation du peuple, enclenché depuis la république précédente, suivait son chemin comme si ce n’était pas le peuple qui s’était mobilisé pour l’avènement de la démocratie.        

Un mal lointain

Réduire le mal-être que l’être-malien démontre à travers les contestations qui surviennent en ces temps au seul régime en place est un anachronisme, un déni de réalité. Aucun régime n’est parvenu, depuis que la république du Mali a vu le jour jusqu’aujourd’hui, à satisfaire aux besoins pressants du peuple. Tour à tour, ils ont tous été incapables d’élaborer des projets de société partagés par un nombre important du peuple, de mettre en œuvre des directives qui répondent à la volonté générale du peuple. Ils ont tous été décriés par le peuple, à commencer par les pères de l’indépendance jusqu’au régime actuel.

Mikailou CISSE, le nihiliste en puissance

Phileingora

Fousseni Togola est né à Fana, dans la région de Koulikoro. Il a obtenu son baccalauréat au lycée Cabral de Ségou, au Mali. Aujourd’hui, M. Togola est détenteur d’un Master en philosophie, obtenu à l’École normale supérieure (ENSUP) de Bamako. Présentement, il est professeur de philosophie, journaliste-blogueur, écrivain et Mondoblogueur. Il est auteur de « La société close et ses militants » et de la « Féminitude » et de « Le Mali sous IBK : sept ans d’obscurantisme » qu’il a publié sous le pseudonyme Chiencoro. M. Togola est membre de la Communauté des blogueurs du Mali (DONIBLOG) et contributeur à Benbere, plateforme des blogueurs maliens. Fousseni Togola est fondateur et directeur de publication du site web d’informations générales, d’analyses et d’enquêtes phileingora.org. Il occupe le poste de rédacteur en chef adjoint au journal malien Le Pays. En 2020, il a été nominé au prix Mali Média Award (MAMA).

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