Cours à distance: méconnaissance des réalités du Mali ou cupidité des gouvernants ?

L’organisation des cours à distance au Mali ne cesse d’obtenir des réactions. FEKY, un professeur de l’enseignement au Mali, doute de la bonne foi des gouvernants du pays à travers cette organisation.

J’ai envie de crier, crier très fort pour demander la clémence de Dieu, puisqu’au moins, lui, il nous entend et exauce nos vœux. Mais à quoi bon de demander la clémence des dirigeants sourds et aveugles qui ne voient que leurs intérêts ou qui ignorent les réalités de leur pays ?

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Le réductionnisme en marche

 Des gouvernants sans pitié et sans dignité, coupés de la réalité du pays, dopés de cupidité qui organisent des cours à distance à travers la télévision, l’internet et la radio, ne constituent qu’une preuve tangible que nos dirigeants réduisent le Mali à Bamako. Sinon, combien de régions dans ce pays sont sans électricité ? Ou les élèves des grandes villes valent mieux que ceux des villages ?

Dans ces zones reculées, ceux qui étudient encore à l’aide des lampes à pétrole sont nombreux. Outre cela, les familles au village qui n’ont pas d’électricité, à plus forte raison de télévision, de radio et d’internet, comment vont-ils faire pour suivre ces cours ?  

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Je pense à mes neveux et nièces, à mes cousines et cousins et à mes frères et sœurs de Kolongo Tomo et environnants, de Ké-Macina et ses environs, de Monipé, de Saye, de Niono et environnants, de Markala, de Diabaly et ses environs, de Dougabougou, de Seribala. J’en passe, puisque tellement elles sont nombreuses ! Ces zones où il sera impossible aux enfants de suivre ces cours dont le démarrage a eu lieu le mardi 14 avril 2020.

Covid-19, une occasion à saisir

Dieu a donné la cervelle à tout être humain pour qu’il s’en serve. Que Diable ! Je me demande bien à quoi sert celle des gouvernants maliens.

Ce problème de santé publique ne donne-t-il pas l’occasion de gérer les impasses de la crise scolaire dans laquelle perdure le Mali depuis un certain temps ? Mais nos gouvernants semblent ne rien comprendre. Ils foncent la tête baissée.

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Dans toute cette situation, la question qu’on se pose est de savoir avec quelles ressources ils organisent ces cours à distance. Je reste persuadé que ce ne sera pas avec celles qu’ils ont retenues sur le salaire des enseignants. Parce qu’ils sont en grève depuis plusieurs mois pour leur dû. Oui, l’application de l’article 39 de leur statut.

Continuez-vous avec votre mascarade, ou cette fois-ci vous allez faire sortir les dossiers du tiroir, ceux qui attendent l’occasion d’être insérés ?

Plus de deux mois sans salaire aux enseignants. N’avez-vous pas la dignité de donner à ces travailleurs leurs droits ? La Covid-19 n’est-elle pas une occasion pour vous de revenir en arrière et réfléchir en humain et en citoyen ? 

La situation au Mali, une particularité

Toujours du copier-coller, du suivisme, du mimétisme. Il est temps d’avoir de l’honnêteté et remarquer que la réalité du Mali est différente de celle de beaucoup d’autres pays. Les écoles fermées en raison de la crise sécuritaire, les écoles fermées à cause de l’incompréhension entre les enseignants et leurs bourreaux (le gouvernement), bien avant la covid-19, voilà la réalité du Mali.

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Malgré tout, vous voulez faire ce que les autres pays font sans tenir en compte le fait que ceux-ci ont donné l’occasion à leurs élèves de suivre les cours depuis en octobre.  Des pays qui ont donné la chance à leurs enfants d’avoir l’électricité et tout ce qui va avec. Ou sûrement vous allez rentrer dans chaque village doter les familles d’essence pour les groupes électrogènes, échanger les vieilles batteries pour recharger les plaques solaires, ou acheter des cartons de piles pour les postes de radio.  

D’ailleurs ces cours vont-ils continuer jusqu’à quand ? Bientôt les travaux des champs vont commencer. Nous n’avons pas de tracteur pour labourer. Les jeunes élèves qui doivent rester devant les écrans constituent la main d’œuvre. Les parents vont-ils accepter qu’ils restent devant les écrans ou les postes de radio pendant qu’eux partent au champ travailler ? Difficile.

Covid-19 donne raison à Marcuse Herbert

Un peu de respect envers ceux qui travaillent sans relâche, sans grâce, sans aide.
La Covid-19 oui, mais cette situation vous offre une opportunité de revoir vos façons de faire les choses, de revenir sur terre et vous imprégner de la réalité du pays.

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Cette pandémie a révélé à la société moderne les failles de l’unidimensionnalité. L’homme unidimensionnel ne peut être que fragile. Marcuse Herbert l’avait dit et maintenant la covid-19 nous le démontre. Ayons des alternatives adaptées.

Chers filles et fils du Mali, ayons le courage et assumons nos failles et responsabilités. L’erreur est humaine, mais la perfectibilité l’est aussi.  Ne perdurons pas dans l’insouciance et la cupidité, « mogò kélén tîlé tĕ diñě laban » (une seule personne ne saurait vivre éternellement sur la terre).

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