#AuMondeDesEaux2 : citoyen d’un nouveau monde

Le nouveau monde est la deuxième partie de ma série de billets fictifs intitulée « Au monde des eaux ». Il s’agit ici du passage dans un monde différent de celui dans lequel on vivait. Avant de s’y adapter, maintes questions nous bouleversent sans que nous réussissions à donner de réponses satisfaisantes.

Dans la nuit profonde, j’étais seul assis au bord du fleuve sans peur, et pleurant sans répit. C’est dans cette solitude que j’ai vu sortir un monstre géant, très beau, de l’eau. On dirait de la lumière. Il avait les cheveux très longs, on dirait une Indienne. Malgré tout, je n’ai pas eu peur parce que j’étais maintenant disposé à mourir. Tout le sentiment qui m’animait à cet instant était l’étonnement : que fait, à cette heure-ci, une dame blanche au fond d’un fleuve. Je ne comprenais rien. Tout ce que je savais, c’est que je n’avais jamais vu une créature de ce genre.

Arrivée de la mi-humaine

Elle sort et se dirige droit vers moi. Quand elle a été suffisamment proche, j’ai tout de suite constaté la présence d’une longue queue derrière elle, une queue de poisson. C’est de là que j’ai compris que ce n’était pas un humain, mais plutôt une sirène puisque ma maman m’avait suffisamment parlé de ces êtres aquatiques.

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Puisque je découvre son identité, j’étais pris de panique. Mais elle me rassure en me suppliant surtout de ne pas avoir peur. Elle me promet qu’elle ne va rien me faire de mal. Elle poursuit en expliquant que si elle avait une mauvaise intention, qu’elle pouvait m’apparaitre sous une autre forme et me tuer sans que je le sache.

À ces mots, je reprends confiance et surtout que dans son allocution, elle me rappelle qu’un homme ne doit pas avoir peur d’une femme. Elle finit par me demander ce que je venais faire au bord du fleuve à cette heure de la nuit.

Dialogue avec la sirène

Au lieu de lui répondre, je lui retourne la question comme dans mes anciennes habitudes. Le dialogue s’ouvre au milieu de la nuit :

– Ici, c’est chez moi.

– Où est ta maison.

– Ici (elle pointe du doigt le fleuve).

– Tu vis dans le fleuve.

– Oui.

– Comment peut-on vivre sous l’eau ? On m’a appris à l’école qu’un humain ne peut pas vivre sous l’eau.

– Oui, votre maître a dit vrai, sauf que je ne suis pas humaine.

– Mais tu as un corps humain et… (J’ai eu peur de prononcer le reste des mots)

– Cela ne fait pas de moi un humain ; je suis mi — humaine.

– C’est ce que je voudrais dire.

– Maintenant toi, que viens-tu faire ici ?

– Mon père veut me tuer.

– Ah, les humains ! Vous n’avez rien d’autre à faire que de vous entre-tuer ! Qu’as-tu fait ?

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Je me mets à pleurer tout en lui expliquant que je ne m’entends pas avec ma petite sœur qui est la protégée de mon père.

– Ah, je vois, dit-elle. Ça va, ne pleure plus, tous tes malheurs vont finir
aujourd’hui.

– Comment ? Je ne le crois pas.

– Regarde, je suis la fille unique de mon père et de ma mère. Ils sont les plus riches de notre tribu. Alors si tu veux, on part ensemble. Je te les présente comme étant mon amant.

– Tu as l’intention de me tuer ? Je ne suis pas mi — humain.

– Je sais, je peux tout faire, et en plus je n’oserai jamais te faire du mal et aucun mal ne t’arrivera en ma présence.

Je sentais mes pieds s’alléger au-dessous de moi et une lueur de joie me montait. Je me sentais déjà au paradis. Une si belle fille m’aimée ? Je lui donne mon accord.

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Le nouveau monde

Vers quatre heures du matin, elle me prend par la main et descend avec moi jusqu’au fond du fleuve. C’était ma première fois de mettre les pieds dans l’eau du fleuve, puisque j’ai toujours eu peur de l’eau. Mais ce jour-là, je ne sais pas ce qui se passait, mais je ne sentais aucune peur au fond de moi. Nous sommes descendus au fond du fleuve. Elle se met à me faire nager.

 Nous arrivons dans leur village. Tout le monde nous regardait, mais j’avais au moins une assurance, puisque ma mère m’avait aussi dit que ces monstres ne trahissent jamais leurs engagements sans raison valable. Je constatais des gestes autour de nous qui étaient sûrement des salutations. J’étais le seul véritable humain dans cette tribu.

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Nous entrons dans sa famille. Elle me présente à ses parents. Tout leur village venait me regarder et s’étonnait : « Que viens faire un humain parmi nous, et d’ailleurs, il nous voit et nous entend ? Il arrive à respirer sous l’eau ! »

Les chercheurs

À l’aube, étant sous l’eau, j’entendais mes parents et d’autres personnalités du village m’appeler. Mais j’aurais beau crier, personne ne pouvait m’entendre. D’ailleurs, je n’avais aucune envie qu’ils me retrouvent.

 Je voyais ma mère pleurée d’angoisse sans pouvoir rien faire. Ils continuent les recherches durant trois jours sans succès. Tout ce qu’ils ont pu avoir, c’est une preuve de ma mort. Ils ont retrouvé mes chaussures qui sont restées à l’endroit où je dialoguais avec la sirène, et je ne sais même pas comment. Ils les
emportent au village dans notre famille pour les montrer. Subitement, on conclut une possible noyade. Des nageurs ont été immédiatement déployés pour retrouver mon corps. Mais sans succès.

Parmi ces nageurs, il y avait un maître bozo qui est passé chez le chef de village pour expliquer qu’il restait optimiste sur mon sort puisqu’il dit avoir senti de l’odeur humaine sous l’eau. Ce qui explique un possible enlèvement. Il conclut que j’ai pu être kidnappé par des sirènes qui sont nombreuses dans ces eaux. Mais le chef de village lui demande de garder cela en secret, puisqu’il n’y a pas encore de preuves certaines.

Les funérailles

En conséquence, des funérailles apparentes ont été organisées au bord du fleuve. Puisque le corps de toute personne qui se noie dans l’eau est directement enterré sur ces lieux comme il est de coutume. J’observais tout, en compagnie
de ma fiancée officieuse.

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Les funérailles terminées, tout le monde rentre à la maison. Quelques jours plus tard, ma mère se présente au bord du fleuve et regardait à l’intérieur comme si elle doutait de quelque chose. J’avais de la pitié pour elle, mais le moment n’était pas arrivé de me présenter à elle.

J’étais maintenant convaincu d’être devenu citoyen d’un nouveau monde. Un monde aquatique peuplé d’inhumains. Un monde où j’ignorais toujours mon sort. Vont-ils me tuer en fin de compte ? Vais-je revoir ma famille un jour ? Que va devenir ma mère après moi ? Moi qui pillais son mil, balayais sa chambre et sa cour, lavais ses ustensiles de cuisine, remplissais ses jarres, arrosais son jardin, cherchais du bois de chauffe pour elle et partais souvent l’aider à cultiver son champ. Ces questions m’angoissaient et m’attristaient. Mais je ne pouvais pas encore donner de réponse certaine ces questions.

Phileingora

Fousseni Togola, fondateur et directeur de publication du site web phileingora.org. Né à Fana, dans la région de Koulikoro, il a obtenu son baccalauréat au lycée Cabral de Ségou au Mali. Il un Master en philosophie obtenu à l’ENSUP de Bamako. Présentement, il est professeur de philosophie, journaliste-blogueur, écrivain et Mondoblogueur. Il est auteur de plusieurs ouvrages, dont « La société close et ses militants » et « Féminitude ». Il est membre de la Communauté des blogueurs du Mali (DONIBLOG) et contributeur à Benbere, plateforme des blogueurs maliens.

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