Aïchatoun Amadou Touré : « Le 8 mars ne doit pas être juste une Journée de fête »

À l’occasion de la Journée internationale des femmes (8 mars), nous avons rencontré l’écrivaine également secrétaire générale de MUSODEV (une association pour l’autonomisation des femmes à travers les nouvelles technologies), Aïchatoun Amadou Touré nous parle de ce que doit être le 8 mars. Elle évoque également la condition des femmes rurales et plaide à leur faveur. C’est également le lieu pour elle de faire le bilan des activités de son association.   

Nous sommes au 8 mars et nous savons votre engagement pour la cause des femmes. Pouvez-vous nous dire le pourquoi de cette Journée internationale ?

C’est une Journée pour commémorer la femme. Le 8 mars n’est pas une Journée pour que la femme arrête de travailler pour faire la fête. C’est une occasion pour lui dire courage, bravo pour tout ce que tu fais.

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Ce qu’on oublie généralement, c’est que nous, femmes, sommes malheureusement obligées de travailler deux fois plus si on veut réellement une égalité. Les choses sont faites de telle sorte que nous n’avons pas eu les mêmes chances que les hommes. En temps normal, on ne devrait pas se battre pour avoir ce qui nous appartient. Mais puisqu’on ne nous l’a pas donné, on est obligé de se battre pour l’avoir. Pour ce combat, il n’y a pas de Journée.

Le 8 mars, c’est bon. On est contente, on parle, on fête, mais il ne faut pas qu’on oublie nos objectifs. Le 8 mars ne doit pas être juste une Journée de fête où on porte les tissus du 8 mars, on organise des activités. Il faut que ça soit une Journée de petites déconnexions pour ensuite se reconnecter.

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Le 8 mars doit être une Journée pour penser à d’autres projets, d’autres objectifs pour améliorer non seulement sa condition de vie, mais aussi pour l’émancipation de toutes les autres femmes.

Les femmes qui sont dans le monde professionnel, dans la vie active, associative, on a une petite chance que les autres femmes n’ont pas. C’est alors le moment de penser non seulement à nous, mais aussi à ces autres femmes qui sont dans les villages et qui n’ont ni l’information ni aucune conviction qu’il pourrait y avoir un changement dans leurs conditions de vie.

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Je reviens là-dessus, le 8 mars est une Journée où on doit faire le bilan de toutes les actions que nous avons pu accomplir des années précédentes à nos jours pour l’amélioration des conditions de toutes les femmes. C’est un jour de fête, mais qui ne doit pas nous faire oublier nos objectifs.

Vous parlez des souffrances qu’endurent les femmes dans les villages. Pourtant, on pense généralement que les plus oubliées dans votre combat constituent ces femmes.

Logiquement, elles ne devraient pas être oubliées. C’est comme si les projecteurs sont justes sur celles qui parlent, celles qui sont devant les écrans. Mais on oublie que ce sont ces femmes au village qui sont en train d’exploiter le sable, de cultiver, pour que celles qui sont sous les projecteurs aujourd’hui arrivent à trouver de quoi manger.

Nous autres, nous sommes justes des feuilles, ce sont elles la racine, ce sont elles qui sont ancrées, ce sont elles qui ont planté les graines et c’est elles qui nourrissent l’arbre. Honnêtement, elles ne méritent pas d’être oubliées dans ce combat. On doit les mettre en valeur, les encourager pour tout ce qu’elles sont en train de faire.

Cette année, cette Journée intervient dans un contexte assez particulier. Cela, depuis les années 2012. Des femmes pleurent au jour le jour la perte soit de leur mari soit de leurs enfants. Dans un tel contexte, faut-il célébrer cette Journée ?

Comme je l’avais dit. Moi, je ne parle pas de fête. Je parle plutôt de Journée pour faire le bilan. C’est une Journée commémorative pour les femmes. Mais ce n’est pas forcement une Journée où il faut faire la fête.

 Je suis entièrement d’accord. Il y a certaines qui pleurent, qui ont perdu leurs enfants. Il faut être du Nord pour comprendre ce que vivent les femmes de cette zone. Du coup, en tant que femme, je me dis que ce n’est nullement le lieu de faire la fête.

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Il faut définir durant cette Journée des actions à entreprendre pour aider les femmes.

Lorsque tu as une chance d’être plus entendue, d’avoir plus de faciliter à mener certaines actions, il faut saisir l’opportunité et aider celles qui sont oubliées, comme vous l’avez dit.

Puisque vous êtes écrivaine, également secrétaire générale de MUSODEV, pouvez-vous nous faire le bilan de vos actions à l’endroit des femmes durant les dernières années ?

Ce n’est pas beaucoup. C’est encore à revoir, à améliorer. En tant qu’écrivaine et informaticienne, ce que j’essaie de faire et ce qu’on fait déjà, c’est d’impliquer les femmes dans tout ce qui est nouvelles technologies. Parce que moi je l’ai compris, certains l’ont compris aussi, les nouvelles technologies sont en train de prendre de plus en plus de l’ampleur.

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Alors pour ne pas que les femmes restent en marge, nous essayons de les amener à s’intéresser à tout ce qui est technologie. Ces activités ne concernent pas que les filles d’ici, même si nous sommes basées à Bamako. Pour les prochaines activités, nous allons viser d’autres localités, nous intéresser à celles qui ont abandonné les études.

Pour notre première séance de formation, qui a concerné une trentaine de jeunes filles, la plupart étaient des filles déscolarisées. Nous les avons initiées en Word et Excel.

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Grâce à cette formation, aujourd’hui elles peuvent se trouver de petits stages, de petits jobs où elles pourraient mettre en pratique ce qu’elles ont appris.

Au-delà de cela, nous avons développé une application qui vise aussi à sensibiliser les femmes sur tout ce qui est violence basée sur le genre. Souvent, les femmes rurales subissent des cas de violences sans savoir si elles se trouvent dans un cas de violence.

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À travers cette application mobile, nous donnons la possibilité à ces femmes d’appeler un numéro de la police nationale.

Avec les prochains mis à jour de l’application, nous allons donner la possibilité aux femmes d’échanger directement avec d’autres femmes qui ont subi les mêmes cas de violence ou encore avec des psychologues.

En tant qu’écrivaine, je viens de participer aussi à l’élaboration d’un livre collectif sur les femmes maliennes qui posent ou qui ont posé de grandes actions. Le livre s’intitule Mali Musow.

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