Afrique de l’Ouest francophone : net recul des libertés civiles et normes démocratiques (rapport CIVICUS)

Alors que plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest francophone se préparent pour la tenue d’élections présidentielles dans les prochains jours voire les prochains mois, les libertés civiles et les normes démocratiques reculent considérablement. CIVICUS, à travers son rapport, fait voir non seulement les moyens de répression utilisés par les gouvernements, mais aussi formule des recommandations.

Au Togo, en Guinée et en Côte d’Ivoire, le refus des présidents de se retirer à la fin de leur mandat entraîne déjà de la violence et des tensions politiques. Au Bénin, les partis de l’opposition pourraient ne pas se présenter aux prochaines élections en raison des changements récents apportés aux conditions d’éligibilité. La Côte d’Ivoire, le Niger et le Burkina Faso « sont actuellement confrontés ou sont en train de sortir de conflits armés violents qui sont utilisés pour justifier des lois et politiques répressives », lit-on dans le communiqué de CIVICUS (CIVICUS est une alliance mondiale d’organisations de la société civile et d’activistes voués au renforcement de l’action citoyenne et de la société civile à travers le monde) publié en anglais le 13 octobre 2020. La covid-19 et l’accentuation de la crise sécuritaire rendent la situation plus complexe, estime-t-on.

« Les libertés civiles et les normes démocratiques enregistrent un net recul en Afrique de l’Ouest francophone avec des présidents au pouvoir contournant les limites de mandat et muselant les militants pro-démocratie et les opposants », a déclaré CIVICUS, à l’approche les élections présidentielles en Guinée (18 octobre) et en Côte d’Ivoire (31 octobre).

Répressions et violations

C’est dans un tel contexte politique austère qu’intervient la publication de ce rapport de CIVICUS « L’espace civique en recul à l’approche des élections en Afrique de l’Ouest francophone ». Ce rapport examine les outils de répression utilisés dans le but d’affaiblir les groupes d’opposition, de saper le travail des défenseurs des droits humains, des militants et des journalistes.   Un accent particulier est mis sur le Bénin, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Niger et le Togo.

Pour argumenter les propos avancés, ce nouveau rapport documente toutes ces violations dans différents pays ; notamment en Guinée et en Côte d’Ivoire. Les récentes perturbations d’Internet, l’arrestation de centaines de journalistes et d’activistes pro-démocratie ainsi que les homicides de dizaines de manifestants pacifiques lors des manifestations organisées au cours des trois dernières années dans différents pays sont alors évoqués. Comme moyens utilisés par les gouvernements, CIVICUS fait état des lois restrictives, des processus d’enregistrement trop complexes, du harcèlement judiciaire et du recours excessif à la force pour réprimer la société civile.

« Plutôt que de travailler avec la société civile pour créer un environnement propice à des élections libres et équitables en Afrique de l’Ouest, les autorités répriment les défenseurs des droits humains et les militants pro-démocratie », explique François Patuel, chercheur principal sur l’Afrique de l’Ouest et auteur du rapport. La même source précise : « Dans l’espoir d’éradiquer toute opposition, elles ont créé un climat de peur qui alimente la violence politique, érode l’état de droit et mine la stabilité régionale ».

Recommandations

Qualifiant ces situations de recul des libertés civiques dans toute l’Afrique de l’Ouest francophone, CIVICUS estime que les « organisations de la société civile ont besoin du soutien des partenaires régionaux et internationaux pour rester en sécurité, pour s’assurer que leur voix est entendue dans les forums internationaux et régionaux et pour augmenter la pression sur les autorités nationales pour un changement positif en matière de droits humains ». La CEDEAO et l’Union africaine ont été invitées à affermir leur réponse face au « mépris des autorités pour les normes et instruments régionaux, y compris les efforts de ces dernières visant à affaiblir la Cour africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ».

Rappelons que dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest francophone des élections sont prévues. La Guinée et la Côte d’Ivoire passeront à la casserole en octobre. Quant au Burkina Faso, c’est en novembre. Pour le Niger, c’est entre décembre et janvier. Au Bénin, c’est en avril. Le souci du CIVICUS, c’est la tenue de ces élections dans le respect des droits humains et des principes démocratiques.

Chiencoro

Phileingora

Fousseni Togola est né à Fana, dans la région de Koulikoro. Il a obtenu son baccalauréat au lycée Cabral de Ségou, au Mali. Aujourd’hui, M. Togola est détenteur d’un Master en philosophie, obtenu à l’École normale supérieure (ENSUP) de Bamako. Présentement, il est professeur de philosophie, journaliste-blogueur, écrivain et Mondoblogueur. Il est auteur de « La société close et ses militants » et de la « Féminitude » et de « Le Mali sous IBK : sept ans d’obscurantisme » qu’il a publié sous le pseudonyme Chiencoro. M. Togola est membre de la Communauté des blogueurs du Mali (DONIBLOG) et contributeur à Benbere, plateforme des blogueurs maliens. Fousseni Togola est fondateur et directeur de publication du site web d’informations générales, d’analyses et d’enquêtes phileingora.org. Il occupe le poste de rédacteur en chef adjoint au journal malien Le Pays. En 2020, il a été nominé au prix Mali Média Award (MAMA).

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